La ville de Saint-Etienne va inaugurer samedi 25 septembre le premier club de jazz de son histoire, le Solar, avec un concert du pianiste Laurent de Wilde.

Une poignée de passionnés emmenés par Ludovic Murat, saxophoniste-président (de l’association Gaga Jazz ; le gaga est la langue locale des stéphanois), a réussi son pari en cette rentrée post-confinement : offrir à Saint-Etienne (Loire) le premier club de jazz de son histoire. Le Solar sera inauguré le 25 septembre par son parrain, le pianiste Laurent de Wilde, en trio avec Bruno Rousselet (basse) et Donald Kontomanou (batterie), et le 1er octobre par sa marraine, la batteuse Anne Pacéo, qui jouera en quartet.

Le Solar prend place en plein centre ville, dans le bâtiment qui a longtemps accueilli la Comédie, théâtre légendaire créé par Jean Dasté en 1947, déplacé en 2017 en périphérie de la ville. Rebaptisé « la Comète » et financé pour moitié par la ville, l’ensemble flambant neuf accueille une École de l’oralité, une école de musique, des cours de théâtre, un Point information jeunesse et une salle de 650 fauteuils.

Pierre Gagnaire et Daniel Humair

Premier club de jazz de Saint-Etienne, le Solar ? Pas tout à fait, soufflent certains, qui évoquent avec malice les années stéphanoises (1981 – 1996) très swing du chef Pierre Gagnaire, compositeur inspiré au piano de cuisson, fou de Chet Baker et de Miles Davis, dont le père restaurateur faisait jouer en salle un guitariste-armurier qui avait accompagné Django Reinhardt, René Cléry. Pour décorer le restaurant qui l’a lancé sur la piste aux étoiles, Pierre Gagnaire avait choisi une encyclopédie du jazz, Daniel Humair (batteur, peintre, gastronome).

Comme un chorus du destin, le restaurant associé au Solar a recruté pour chef un certain Benjamin Gagnaire, cousin issu de germain du grand Pierre. Cuisine du marché et tarifs abordables : entrée + plat à 14 € (repas en semaine le midi). Côté club, les jam sessions du lundi seront gratuites et l’entrée des concerts entre 8 et 12 euros.

« Nous voulons attirer un large public, et c’est aussi pour cela que l’on programmera une grande diversité de styles », souligne Ludovic Murat, dont l’association gère le Solar. Il rappelle que le jazz avait déjà su trouver son public au temps de la Maison de la Culture, inaugurée en février 1969 avec « Porgy and Bess ». « On pouvait écouter Stan Getz, Dizzy Gillespie ou Michel Petrucciani dans une salle de 1200 places », souligne-t-il. Puis la Maison de la culture est devenue Opéra en 2007. Exit le jazz.

Gaga Jazz

Il a dès lors pris d’autres chemins. Créée en 2004, l’association Gaga Jazz a organisé des concerts de caves en cafés, puis certains dimanches sur la scène de musiques actuelles le Fil. Le jazz s’est aussi vu attribuer un département au conservatoire régional de musique (cours d’instruments, d’arrangement et de big band) et un poste d’enseignant-chercheur à l’Université Jean Monnet. Il est occupé par Pierre Fargeton (guitariste, arrangeur, essayiste), qui se réjouit de l’ouverture du Solar. « C’est une très bonne nouvelle pour les musiciens, pour le public et pour la ville, commente-t-il. Le format de la salle est idéal. Le jazz est avant tout une musique de club. » Avec son Trinkle Jazz Ensemble, Pierre Fargeton vient de publier un CD produit par Gaga Jazz, « Red, Hot and Blue Cole ».

Pour tourner, le Solar bénéficie d’aides de la mairie et de la direction régionale des affaires culturelles. « Malgré les confinements qui ont retardé l’ouverture et compliqué la programmation, nous avons déjà pu lancer de nombreux projets : résidences d’artistes, master class, ateliers découverte », se félicite Alexis Burlot, son directeur. Dernier chantier en date, le Météore Band, pour initier des élèves de 6e aux orchestres de cuivres. Tout se met ainsi en place à Saint-Etienne pour faire rayonner le jazz autour du Solar.

Luc Chatel

* version originale d’un article publié (en version réduite et transformée) par Le Monde