Vendredi 23 octobre doit avoir lieu le vote qui entérinera la fusion entre l’Université Jean Monnet et trois universités lyonnaises (Lyon I, Lyon III et l’École normale supérieure) dans le cadre du projet Idex qui vise à créer des « sites académiques d’excellence à vocation internationale ».

Ce projet soulève une large contestation à Saint-Étienne depuis plusieurs mois : quatre cents universitaires rassemblés dans le Collectif UJM ont exprimé leur opposition, rejoints par les ordres des avocats et des médecins de Saint-Étienne ainsi que par la plupart des responsables politiques.

Le maire de Saint-Étienne, Gaël Perdriau, s’il soutient le projet Idex, a écrit le 16 septembre aux présidents des universités concernées pour leur demander un report du vote et des modifications des statuts qui viseraient à renforcer les pouvoirs du directeur du campus de Saint-Étienne ainsi qu’à assurer une « délégation totale de pouvoir et de moyens dans la gestion et l’utilisation » de la dotation du campus stéphanois.

Nous avons demandé à plusieurs universitaires de nous exposer trois raisons pour lesquelles ils s’opposent à ce projet de fusion. Voici la première contribution :

Trois raisons de refuser le projet de fusion Idex entre les universités de Saint-Etienne et de Lyon

Par Cécile Romeyer, maîtresse de conférences à l’Institut d’Administration des Entreprises (IAE) de Saint-Étienne, Université Jean Monnet. Vice-présidente « Relations entreprises et entrepreneuriat » de 2015 à 2019.

1 – Perte de la proximité avec nos étudiants

Aujourd’hui, à l’IAE de Saint-Étienne, nous mettons en œuvre un suivi personnalisé de nos étudiants ; nous sommes une composante « à taille humaine » dans une université « à taille humaine ». Nos choix pédagogiques sont ancrés dans cette proximité : c’est l’ADN de notre université en général et de l’IAE en particulier ; c’est ce qui fait notre différence. Pourra-t-on conserver ces principes, consommateurs de moyens et d’énergie, et ces choix que nous avons fait de longue date, porteurs de sens pour les collègues de l’IAE (et de l’UJM) et appréciés de nos étudiants ? Ces choix fondent une partie de la qualité des formations proposées et de la bonne insertion professionnelle de nos étudiants… Comment pourra-t-on les maintenir dans un établissement dans lequel les intérêts pour les étudiants et personnels du campus de Saint-Étienne ne seront pas forcément les mêmes que ceux de Lyon ?

2 – Perte de nos spécificités en lien avec le territoire

Les bons taux d’insertion actuels des étudiants de l’IAE et de l’université de Saint-Étienne s’expliquent également par une bonne adéquation entre les formations et les besoins des entreprises et organisations du territoire. Dans quelle mesure pourrons-nous continuer à développer des formations spécifiques voire sur mesure (également en formation continue) dans un ensemble dont le centre de décision sera éloigné de notre territoire ligérien ? Comment ces spécificités seront prises en compte dans les règles du jeu internationales dictées par le classement de Shanghai ? Aujourd’hui, 40% des diplômés de l’UJM s’insèrent dans la Loire trente mois après leur formation : comment continuer à former des jeunes dont une partie a vocation à irriguer le territoire et à y rester, et dont les entreprises ont besoin ?

3 – Chèque en blanc

L’insertion professionnelle est un des sujets qui n’a pas été traité dans le projet IDEX, alors que c’est une force de notre établissement. C’est le travail sur la technostructure qui a mobilisé l’essentiel des forces et discussions au cours de ces dernières années : les échanges sur le cœur de métier (formation, recherche, insertion professionnelle) ne sont quant à eux pas aboutis. Nombre de questions restent en suspens au moment où nous devons voter les statuts (par exemple sur la formation : comment va fonctionner l’école universitaire de premier cycle ? comment y garantir la bonne orientation et réussite de nos étudiants concrètement ?) C’est en quelque sorte un chèque en blanc qu’on nous demande de signer aujourd’hui…