Je suis une enseignante ligérienne mais mon témoignage est avant tout celui d’une prof de lycée, en France. Une prof en colère. Si j’en crois les directives de l’Education nationale, je ne serai jamais « cas contact » de mes élèves et ces derniers ne seront jamais « cas contacts » si j’étais positive. Peu importe que nous cohabitions pendant des heures à trente-cinq dans des salles de classe exiguës et que nous nous croisions dans les couloirs encombrés à chaque changement de cours. Nous portons LE masque et cela suffit à l’ARS (Agence régionale de santé) et à la CPAM (Caisse primaire d’assurance maladie) pour ne pas nous déclarer cas contacts !

Avez-vous entendu parler des masques DIM, cinq en tout, distribués depuis juin aux professeurs ? Ceux-là même que l’ARS Midi-Pyrénées ne considérait pas comme fiables il y a encore un mois. Voilà le seul geste barrière imposé par mon administration centrale avec le lavage de mains. Vous connaissez les ados ? Pensez-vous qu’il y a un adulte derrière chaque élève pour vérifier qu’il passe aux toilettes régulièrement ? Nous passons déjà une grande partie de notre temps à demander à nos élèves de porter LE masque correctement.

Elèves résignés et résilients

Les établissements scolaires se sont malgré tout munis de gel hydro-alcoolique pour les élèves à l’entrée des classes. Je tiens à souligner la résignation de nos élèves face à ces contraintes. Je connais leur capacité à la résilience. Quant à nous, enseignants, nous ressentons une fatigue plus intense en ce début d’année à cause de ce bout de tissu qui étouffe notre voix. Il y a aussi plus d’angoisse, de maux de tête chez certains. Pourtant nous sommes présents et nous essayons de palier les difficultés scolaires dues au confinement.

Pour rappel, le protocole sanitaire, dans les établissements scolaires, a été allégé depuis le printemps et cela est tout simplement sidérant quand on voit l’évolution de la pandémie. D’autant que les établissements avaient beaucoup œuvré au printemps pour le retour des élèves dans des conditions sanitaires acceptables. Pourquoi ne pas avoir conservé certaines pratiques ? Toute cette énergie dépensée pour rien…

Contagion interdite aux mineurs

Lorsque nous faisons des réunions entre profs et administration nous respectons la distanciation physique. Lorsque le rectorat fait une réunion, il organise la distanciation physique. Et ce soir, le lycée de ma fille organise une réunion parents-profs en visioconférence… alors que les professeurs ont nos enfants dans leurs classes toute la journée serrés comme des sardines ! Mais c’est vrai, j’oubliais : seuls les adultes sont contagieux et présentent un danger. Je ne vous parle pas des restaurants scolaires…

Aujourd’hui, j’ai appris qu’un de mes élèves était positif (c’est loin d’être le premier, je ne les compte plus) et que sept autres élèves de la même classe étaient « cas contacts ». Mais attention, ce n’est pas à cause de l’école nous dit-on – ben non, puisqu’ils portent le masque ! – mais à cause du club sportif dans lequel ils sont licenciés. Ouf, nous voilà rassurés, nous ne sommes pas un « cluster ».

Pour fermer la classe il faudra désormais que trois élèves soient déclarés simultanément « cas avérés ». Avant c’était un seul. Ce qui est intéressant pour le gouvernement, puisqu’il peut afficher ainsi moins de fermetures de classe. Voilà déjà un problème réglé. Et heureusement pour l’Éducation nationale, les vacances arrivent à grand pas. Mais après ? Après, on se redira entre collègues encore sur le pont notre blague préférée : « On a trouvé un vaccin au virus : l’école ! »

* Texte écrit mercredi 14 octobre 2020, deux heures avant l’allocution télévisée du président de la République sur la situation sanitaire du pays, par une enseignante de la Loire qui a souhaité conserver l’anonymat.