Sur requête de la mairie de Saint-Etienne, le tribunal administratif de Lyon a ordonné jeudi 24 septembre l’expulsion des habitants du bâtiment de l’ancienne Poste, rue Bossuet, dans le quartier Solaure. Une trentaine de personnes y vivent, certaines depuis plus d’un an, dont des enfants scolarisés et des demandeurs d’asile. Ils risquent de se retrouver à la rue du jour au lendemain. « En été, ça aurait été plus supportable, mais là, il pleut, il fait froid », déplore l’un d’eux, fataliste, derrière l’ancienne vitrine du bâtiment.

Annulation du Conseil d’Etat

Ce n’est pas la première fois que la mairie demande l’expulsion de ces personnes. Sa précédente requête, le 10 mai 2019, avait été annulée par le tribunal administratif puis par le Conseil d’État, pour le caractère non urgent de la procédure : le projet n’était pas assez clairement défini. Désormais c’est le cas, et c’est ce qui a été plaidé par les avocats de la ville, le cabinet Petit, devant le tribunal administratif le 22 septembre. La veille, l’adjoint au maire chargé de l’urbanisme et du logement, Jean-Pierre Berger, précisait lors d’un conseil municipal que le bâtiment prévoyait d’accueillir des logements et des commerces.

Ce que confirme Jérôme Nuiry, président de Thomas SA et d’Inovy qui portent le projet : « Les étages seront partagés entre quinze logement sociaux et treize logements en accession. A la demande de la ville, ces derniers seront proposés en priorité à des infirmiers libéraux. » Interrogé sur le sort des occupants de l’actuel bâtiment, Jérôme Nuiry précise que « les personnes qui vivent dans ce bâtiment doivent être traitées humainement. »

Le mystère de la Maison médicale

Initialement, la mairie voulait installer une maison médicale au rez-de-chaussée, ce qui n’a pas abouti. Ce point interroge Mariem Kadri, avocate de huit des habitants de l’ancienne poste, tous demandeurs d’asile : « La requête déposée mardi par les avocats de la ville mentionnait bien une maison médicale. Et pour les logements, il n’a été question que de logements sociaux. Il est important de souligner que le terrain est toujours propriété de la ville, qui n’a donc pas encore entamé de procédure de déclassement. » Ce que confirme Jérôme Nuiry, qui précise qu’une telle procédure peut prendre un mois ou deux. Un délai qui pourrait permettre de trouver des solutions pour éviter à ces personnes de se retrouver à la rue.

Mais lors du dernier conseil municipal, le maire Gaël Perdriau a indiqué qu’il ne leur chercherait pas d’hébergement, rejetant l’entière responsabilité sur l’État et son représentant, la préfète Catherine Seguin. Vendredi 25 septembre, cette dernière ne s’était pas encore manifestée sur le sujet et n’avait pas répondu à la demande d’entretien du collectif d’associations qui accompagne ces quarante personnes (la Cimade, Emmaüs, la Ligue des Droits de l’Homme…).

Des adjoints très remontés

Toujours lors du conseil municipal du 21 septembre, deux de ses adjoints s’en sont pris très directement aux habitants du bâtiment. Jean-Pierre Berger les a accusés de ne pas faire d’efforts en indiquant qu’ils étaient prévenus de leur possible expulsion depuis plusieurs mois. « A quoi ça les avance de le savoir si on ne leur propose aucune solution », répond un des bénévoles du collectif qui les accompagne. L’adjoint au logement s’en est également pris à leur façon de survivre en affirmant : « ce n’est pas très difficile de squatter », sans doute riche d’une expérience personnelle en la matière.

Marie-Christine Buffard, adjointe chargée de la lutte contre les discriminations, a mis en pratique d’étrange manière son attribution en déclarant que les habitants de Solaure « en ont assez d’une population dont le caractère est très désagréable pour le quotidien ». Point du vue pas vraiment partagé par l’un des bénévoles du collectif présent sur place quasi quotidiennement : « Régulièrement, des voisins nous apportent de la nourriture et des colis qu’ils déposent parfois devant la porte. Nous avons même dû leur demander d’arrêter de nous apporter des vêtements car nous ne savions plus quoi en faire. »