Pendant le confinement, la Poste et les transporteurs privés ont été très sollicités pour des produits guère essentiels : les armes. La vente aux particuliers sur Internet, autorisée en France, a fait un bond ces dernières semaines. Enquête sur un business juteux aux nombreuses zones d’ombre.

« Une arme à vendre ? Rien de plus simple » : c’est le message envoyé par le site NaturaBuy à ses abonnés le 11 avril 2020, en pleine période de confinement. Si les Français, contrairement aux Américains, ne se sont pas rués sur les boutiques d’armes dès le 17 mars, ils n’ont pas cessé pour autant d’en faire commerce. Au contraire. La vente d’armes aux particuliers connaît ces dernières semaines un vif succès sur Internet.

Elle permet à certains armuriers de compenser la fermeture de leur boutique physique, à l’exemple de KLB Armes, installé à Saint-Joseph (Loire) ou de STMilitaria, situé à Hésingue (Haut-Rhin). Même si leurs affaires ne sont pas des plus fabuleuses : « On travaille à peu près normalement, mais c’est un peu plus compliqué que d’habitude », déclare Kevin Boinon, qui gère KLB Armes. Et chez STMilitaria, « on a même plutôt perdu ». Cette période risque d’être fatale aux plus petits des quelque trois cents armuriers français.

Chiffres d’affaires en millions d’euros

Leur survie était déjà fortement menacée par l’apparition, depuis une dizaine années, de gros sites Internet. Ces derniers se portent, eux, très bien. Ils voient même leurs ventes s’envoler depuis mars. Comme SD Équipements ou NaturaBuy. Leur chiffre d’affaire annuel se compte en millions : 5 millions d’euros en 2018 pour le premier et 3,7 millions en 2018 pour le second, qui est passé de 8 salariés en 2015 à 23 en 2018.

Amin Mokhtari, gérant de SD-Équipements – également propriétaire d’Armurerie Centrale et Armurerie Loisirs -, reconnaît une hausse très nette des ventes liée au confinement : « Nos chiffres ont triplé depuis début mars. Il ne s’agit toutefois pas de ventes d’armes exclusivement mais principalement de produits de loisir type carabine à plomb, arcs, arbalètes… ». Amin Mokhtari l’explique notamment par la fermeture des stands de tir. D’après nos sources, le site comptait fin mars trois mille commandes en attente pour la France et la Belgique, dont cinq cents en express, c’est à dire à livrer du jour au lendemain.

Même constat euphorique chez Olivier Occelli, fondateur et président de NaturaBuy, sorte de « Leboncoin » des armes où chacun peut vendre et acheter, particuliers comme professionnels. Site unique en son genre en France, il bénéficie du statut de courtier. Olivier Occelli révèle que le chiffre d’affaire des vendeurs professionnels de son site a bondi de 80 % par rapport à la même période l’année dernière. Or il prélève une commission d’au moins 10 % sur chaque transaction dont le montant moyen est de 140 euros, et le total avoisine les 300 000 par an (chiffres de 2017). Et la marge de progression est encore grande dans un pays où l’on comptabilise au moins 12 millions d’armes détenues, légalement et illégalement, par des particuliers (chiffres de 2017).

Livraison sans contact

Les ventes d’armes sur Internet ont aussi profité des mesures exceptionnelles prises par le gouvernement pendant le confinement. En effet, le secrétariat d’État au Numérique et les ministères du Travail et de la Santé ont publié le 19 mars 2020 un « Guide des précautions sanitaires à respecter dans le cadre de la livraison de colis » qui officialise la livraison sans contact, et notamment sans signature manuscrite de l’acheteur. Or la plupart des armes nécessitent une signature manuscrite du client pour valider la vente.

Plutôt que d’interdire leur commerce pendant le confinement, le ministère de l’Intérieur a fait le choix, acté par une fiche technique de son Service central des Armes, d’assouplir la règle et d’autoriser la vente d’armes sans signature : « Dans ces conditions exceptionnelles, les termes de l’article R 315-15 du code de la sécurité intérieure, qui prescrivent que l’expédition d’armes et d’éléments des catégories A, B, C, Dg et Dh (à l’exclusion des paintballs) «doit être effectuée par envoi suivi délivré contre signature», doivent donc être adaptés. » Ce que nous a confirmé Thierry Ourgaud, adjoint au chef du Service Central des Armes : « Les livraisons d’armes faites en colis suivi demeurent régulières malgré l’absence de signature. »

Forums et petites annonces

Voilà qui arrange grandement les affaires de NaturaBuy et de SD-Équipements qui vendent toutes ces armes – excepté celles de catégorie A pour le premier et celles de catégories A et B pour le second. On peut aussi s’en procurer par l’intermédiaire de forums de petites annonces. Mais ces derniers n’ont pas le statut de courtier et ne peuvent donc pas en faire commerce : les transactions doivent légalement passer par la case armurier. Ce qui est techniquement difficile à vérifier vu le nombre d’utilisateurs, qui se comptent par dizaines de milliers.

L’un des plus actifs est PAAF2 (Petites Annonces d’Armes à Feu 2), créé après l’arrêt en 2011 de son prédécesseur, PAAF. Très fermé, il faut être membre d’un club de tir pour pouvoir y accéder. Il ne donne aucune coordonnée sur ses pages d’accueil : pas de nom, pas de mail, pas de téléphone. Afin d’entrer en contact avec son administrateur, nous avons sollicité plusieurs utilisateurs : aucun ne nous a répondu. Pas de réponse non plus de l’ancien administrateur de PAAF, fonctionnaire de l’Éducation nationale en Corse et toujours grand amateur d’armes comme l’indique sa page Facebook où on le voit mettre pistolet et carabine entre les mains de sa fille d’à peine dix ans.

Covid-19 et livraisons à distance

L’actuelle crise liée au Covid-19 soulève la question de la mobilisation de la Poste et de services privés de livraison pour acheminer les armes auprès des acheteurs. Alors même que ces transporteurs ont d’autres priorités en cette période. C’est du moins l’avis de certains armuriers qui ont fait le choix de ne plus proposer de vente à distance pendant le confinement. À l’image de TL Gun Shop situé à La Motte Servolex (Savoie), qui l’explique sur sa page d’accueil :

« nous avons décidé de surseoir à toutes expéditions jusqu’à une amélioration significative de la situation. 1-Nous refusons de prendre des risques en allant déposer des colis aux transporteurs, 2-Nous refusons également de participer à l’augmentation de la prise de risque de ceux-ci en leur donnant encore plus de travail. Et ce malgré les risques financiers encourus par notre société. 3-Actuellement durant le confinement, la Poste ne propose plus ses services habituels, avec contre-signature et assurance des colis. »

Fausses pièces d’identité

Alors que certains services de l’État sont fermés ou fonctionnent au ralenti, une autre question se pose plus vivement que d’habitude : celle du contrôle de l’identité des acheteurs. La vente d’armes par Internet présente en effet certains avantages si l’on veut contourner la loi. À commencer par la falsification de documents. Stéphane Auvray, gérant de l’armurerie Steflo, à Gleizé (Rhône), voudrait pour cette raison que la vente sur Internet soit interdite. Il décrit pour nous la façon de procéder des trafiquants :

« Leur but est de récupérer des papiers officiels nécessaires à l’achat : carte d’identité recto-verso, permis de chasse et validation de permis de chasse. Ils publient sur un site une fausse annonce, de façon à ce qu’elle intéresse très vite beaucoup de monde : par exemple pour une arme à la mode à un très bon prix. Dans le quart d’heure qui suit, des acheteurs vont répondre et envoyer par mail les photocopies des documents. Les faux vendeurs pourront ensuite les utiliser pour acquérir une arme en toute illégalité. » Ce qui scandalise Stéphane Auvray : « La France fait aujourd’hui partie des très rares pays européens, avec l’Allemagne, à autoriser la vente sur Internet. Ce n’est pas normal. »

Mutisme et escroqueries

À la Chambre syndicale nationale des armuriers, dont Stéphane Auvray est adhérent, on préfère ne pas se prononcer : « Nous n’avons pas de point de vue sur le sujet », déclare son secrétaire, qui n’a d’ailleurs pas très envie de répondre à d’autres questions. Beaucoup moins de mutisme du côté de l’Union Française des amateurs d’Armes (UFA), même si la tendance est plutôt au statu quo sur cette question. « Je comprends que l’on soit critique envers la vente d’armes sur Internet, où il y a des escroqueries, c’est certain, reconnaît son président, Jean-Jacques Buigné, armurier isérois spécialisé dans les objets anciens. Mais ce n’est pas si facile que ça de falsifier des papiers car les fichiers de propriétaires d’armes sont de plus en plus centralisés et informatisés. Par ailleurs, beaucoup de départements sont dépourvus d’armurier. Internet permet de pallier ce manque pour les acheteurs potentiels qui y vivent. »

Jean-Jacques Buigné révèle avoir été contacté le 17 mars par les gendarmes de sa ville, La Tour du Pin, qui s’inquiétaient d’une possible hausse des ventes d’armes pendant le confinement, dans la perspective d’émeutes. Il leur a répondu par la négative. « Ce qui marche bien en ce moment ce sont les armes anciennes et de collection. Je viens par exemple de vendre un arc d’indiens sioux du Dakota à une cliente belge. » Le site de l’UFA, qui regroupe 1200 adhérents, est sans doute l’un des mieux documentés sur les sujets qui touchent à la réglementation. Sa tonalité est moins corporatiste et connotée politiquement que celle d’autres organisations, comme lUNPACT (Union Nationale des Propriétaires d’Armes de Chasse et de Tir, qui compte 7863 adhérents) et l’ARPAC (Association pour le Rétablissement du Port d’Arme Citoyen), sortes d’équivalents français de la NRA (National Rifle Association) américaine, créées récemment : la première en 2011, la seconde en 2016.

« Zones de non droit »

On ne risque pas de lire sur leurs sites des propos pareils à ceux que Jean-Jacques Buigné a tenu dans un numéro spécial de son bulletin d’informations, titré « Balayons devant notre porte ». Il commençait par ces lignes : « Nous sommes les premiers à monter au créneau lorsque l’administration «dérape» au détriment des amateurs d’armes. Mais il faut aussi reconnaître que notre passion n’est pas «anodine» […] nous ne devons pas nous contenter d’être des gens «normaux» mais des citoyens exemplaires. » Ce bulletin était consacré aux sites Internet présentés comme des « zones de non droit », particulièrement Natuxo.com, qui publie désormais essentiellement des articles informatifs et plus du tout d’annonces. Mais on retrouve aussi NaturaBuy.

Voici ce que le président de l’UFA écrit à son propos : « Le seul regret que nous pouvons exprimer est un manque de fermeté sur les armes neutralisées. Souvent ce sont des neutralisations artisanales qui ont une modification dite à la «mie de pain noircie». Donc facile à retirer. » Il ajoute : « il y a aussi les quantités incroyables d’armes de catégorie C. Bien qu’elles soient proposées dans cette catégorie, les vendeurs ont négligé de les déclarer en préfecture avant de les vendre. Or c’est bien à eux de faire cette déclaration et non à l’acheteur. Cette absence de déclaration est une infraction punie de 30000 euros d’amende et de deux ans de prison. » Jean-Jacques Buigné connaît bien ce site pour avoir souvent des échos de clients mécontents. Constat confirmé par le site Trustpilot qui recueille les avis d’usagers en garantissant leur authenticité. Sur 281 avis d’usagers de NaturaBuy (le 24 avril 2020), 37 % ont l’appréciation la plus négative, « mauvais ».

Armurier et businessman

Il faut dire que les dirigeants de ces sites apparus il y a une dizaine d’années n’ont pas vraiment le profil « artisan – petit commerçant » de nombre d’armuriers professionnels. Ce sont avant tout des hommes d’affaires. Amin Mokhtari et David Hemzellec, les dirigeants de SD-Équipements gèrent également trois autres sociétés : une entreprise d’installation électrique et de vidéosurveillance (VD2I), une société civile immobilière (ADN Invest) et une agence de pub (Orchidée Innovation).

Olivier Occelli, le patron et fondateur de NaturaBuy se situe dans une catégorie encore différente, qui peut se résumer à son volume financier de transactions annuelles : 60 millions d’euros. Son site de vente d’armes lui a servi de navire amiral pour conquérir sa place dans le monde très select des fonds d’investissement. NaturaBuy est la holding de tête du fonds Kerala Ventures qu’Olivier Occelli a fondé avec Antoine Freysz et Marc Laurent, et qui a notamment contribué à lancer le site Doctolib. Il est lui-même gérant d’une société civile immobilière (Des friches et des bois) et président d’une holding, Goodhope, dont les capitaux propres se montent à plus de 14 millions d’euros. Le siège social de toutes ses sociétés est situé dans l’un des quartiers les plus chics de Paris, place de la Madeleine.

Depuis sa création en 2007, NaturaBuy a attiré beaucoup de convoitises. En 2012, il est devenu propriété du groupe de presse Mondadori (aujourd’hui Reworld Media), qui édite le Chasseur Français mais aussi Grazia, Biba, Pleine Vie, Top Santé, Science et Vie… En 2017, le fonds d’investissement NextstageAM a racheté pour 10,3 millions d’euros les parts de Mondadori (qui détenait 60 % de NaturaBuy) et est devenu à son tour actionnaire majoritaire.

Image et médias

Le monde de la presse ne disparaît pas de son horizon pour autant puisque l’un des cinq administrateurs de NextstageAM, Xavier Ellie, a été un dirigeant du Figaro, du Dauphiné Libéré, du Progrès, de Lyon Capitale et président de la Fédération nationale de la presse française. Sans doute soucieux de son image, Olivier Occelli n’a pas hésité de son côté à faire la promo de NaturaBuy sur un site pas vraiment réputé pour ses affinités avec les amateurs d’armes : Mediapart. Il s’est créé un blog personnel dans l’espace « Club » (« Le Club est l’espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n’engagent pas la rédaction », précise le site dirigé par Edwy Plenel). Olivier Occelli n’a publié qu’un seul billet, qui est en réalité une publicité pour son entreprise : « Naturabuy ou comment chasser à moindre coût ».

Si NaturaBuy est bien connu des amateurs d’armes et des financiers, il l’est aussi des policiers et des gendarmes. Il a été cité, avec d’autres sites Internet, dans des articles de presse lors de démantèlements d’importants réseaux de trafics d’armes en 2015 et en 2018. Au terme d’une enquête menée par 600 gendarmes dans toute la France et dirigée par la Juridiction interrégionale spécialisée (JIRS) de Rennes, près de 700 armes liées à un vaste trafic ont été saisies en juin 2018.

Collectionneurs, survivalistes et internautes

Dans ce réseau se côtoyaient notamment collectionneurs, usagers de sites Internet, survivalistes et adeptes de la légitime défense. C’est l’interpellation d’un militaire du 2e Rima (Régiment d’infanterie de Marine) du Mans circulant à scooter avec un pistolet 7.65 chargé à la ceinture qui a déclenché l’enquête. Elle avait précédemment permis de démanteler un autre réseau, en 2016, de mettre la main sur 1900 armes et de placer en garde à vue plusieurs dizaines de personnes.

En 2015, c’est un vaste coup de filet entre la France et le Luxembourg qui avait permis la saisie de 546 armes et de 30 000 munitions. Le colonel Franck Auneau, qui dirigeait l’enquête, déclara dans un journal luxembourgeois que les personnes qui écoulaient leurs armes dans le cadre de ce trafic le faisaient « d’abord sur des sites connus comme naturabuy.fr » (Le Quotidien, 9 mars 2016). Par ailleurs, l’énorme arsenal découvert dans un atelier de fabrication clandestin luxembourgeois et chez des dizaines de personnes dans dix-huit départements français comprenait des armes qui auraient servi aux attentats terroristes de janvier 2015 en France contre la rédaction de Charlie Hebdo et l’Hyper-Cacher de la porte de Vincennes.

Naturabuy, un site bien protégé

En 2017, à Beauvais (60), lors du procès d’un passionné d’armes qui avait acheté, entre autres, un AK 47 sans autorisation sur NaturaBuy, l’avocat de la défense s’étonna que les responsables du site n’aient pas été convoqués à l’audience. Pour protéger ses intérêts, le site internet peut compter de son côté sur un soutien de poids : Thierry Coste. Proche conseiller du président de la République Emmanuel Macron, il est connu comme le lobbyiste des chasseurs le plus influent du pays. Son nom est apparu en pleine lumière lorsqu’il a provoqué fin août 2018 la démission de Nicolas Hulot de son poste de ministre de la Transition écologique. La Haute Autorité pour la Transparence de la Vie Publique avait alors révélé les noms des six principaux clients de Thierry Coste. NaturaBuy en fait partie.

L’influence croissante des sites Internet dans les trafics d’armes a été soulignée lors d’un séminaire organisé en mai 2019 par l’Institut des relations internationales et stratégiques (IRIS) en partenariat avec le ministère des Armées et le Groupe de recherche et d’information sur la paix et la sécurité (GRIP), intitulé « Prévention et lutte contre les trafics d’armes classiques ». L’un des intervenants, Nils Duquet, directeur de recherche au Flemish Peace Institute, à Bruxelles, a insisté sur ce point : « la partie dite «visible» d’Internet est sûrement plus problématique encore que les réseaux reliés à la partie clandestine du Web à savoir le Darkweb ».

Il déclara également que « la lutte contre les structures dont l’activité consiste à réactiver des armes neutralisées pour leur rendre leur capacité létale était un enjeu important de la lutte contre les trafics d’armes ». Il rappela par ailleurs qu’Amedy Coulibaly, l’auteur de l’assassinat d’une policière française à Montrouge et de l’attentat dans le magasin Hyper Cacher à Paris en janvier 2015, avait pu se procurer six armes en provenance de Slovaquie sans s’y rendre : « Elles avaient été achetées en ligne, sur le site d’un magasin d’armes slovaque, par deux « clients » différents depuis la Belgique. Elles ont ensuite été livrées sur le territoire belge, puis réactivées par les acheteurs en question, avant d’être revendues à des criminels. » Précisons toutefois que les armes en question étaient initialement « à blanc », commercialisées notamment pour le cinéma.

Plaques tournantes

Nils Duquet estime que « les enjeux de l’Internet ouvert se révèlent plus importants, en raison de son étendue, du volume des contenus et surtout du volume des transactions qui s’y déroulent, empêchant ainsi une surveillance exhaustive des autorités. » Ancien officier de gendarmerie, docteur en géopolitique et auteur de deux ouvrages sur les trafics d’armes (1), Jean-Charles Antoine constate de son côté que « le pire, en matière de trafic, ce sont les forums. Le client et l’acheteur prennent contact, puis vont échanger par mail privé. Ensuite, l’arme est tout simplement envoyée par voie postale. » En 2016, un documentaire diffusé sur Arte, « Les armes des dijahidistes », avançait que l’Allemagne, la France et la Belgique étaient devenues les principales plaques tournantes du trafic d’armes de guerre en Europe. Point commun de ces trois pays : la vente d’armes sur Internet y est autorisée.

Les armes ne sont pas les seuls biens que l’on peut se procurer sur NaturaBuy. Les amateurs de pêche peuvent s’équiper en cannes et en appâts. Les nostalgiques du IIIe Reich et d’Adolf Hitler, pour leur part, peuvent y acheter des dizaines d’objets pour assouvir leur passion et prolonger le confinement de leur cerveau : plusieurs versions de Mein Kampf, des médailles à la gloire du régime nazi ou encore des insignes de soldats SS. Ils pourront aussi acheter, pour 90 euros et en toute illégalité, le plus célèbre des ouvrages complotistes et antisémites : Les protocoles des sages de Sion.

1 – À armes illégales, éditions du Plateau (2015) et Au coeur du trafic d’armes. Des Balkans aux banlieues, éditions Vendémiaire (2012)