Après l’alerte donnée le 18 mars par la CGT et la CFDT sur les conditions de travail dans l’usine SNF d’Andrézieux-Bouthéon, son fondateur a répondu par l’insulte et l’inspection du travail a rendu un rapport alarmant.

Mercredi 18 mars, les délégués CGT et CFDT de l’usine SNF située à Andrézieux-Bouthéon (42) ont fait connaître un « danger grave et imminent », fait valoir le droit de retrait des salariés et déposé un préavis de grève. En cause, les conditions de travail dans cette entreprise de 1300 salariés : depuis l’annonce par le gouvernement, le 17 mars, des mesures de confinement à suivre par les entreprises, celle-ci n’en respecterait que très peu.

Santé en danger

Près de 500 salariés étaient encore forcés d’aller travailler sur le site, où les conditions mettaient clairement leur santé en danger face au risque de contamination du coronavirus, d’après ce que décrit Éric Vallas, délégué CGT : « Cinquante personnes s’entassent dans les vestiaires qui se retrouvent torse nu à faire la queue pour prendre leur douche et les uns sur les autres », dans « une salle d’une vingtaine de mètres carrés […] se concentrent jusqu’à quatorze personnes pour des contrôles de réactions chimiques », « une femme de ménage intervient une à deux fois par jour » dans certains endroits où « il y a facilement 200 personnes qui passent ».

Un autre salarié (1) décrit sa situation : « pas de gel, pas de masque, un clavier pour quatre , distance de sécurité néant ». Or les principes édictés par le gouvernement sont clairs, à commencer par celui-ci : « Les règles de distanciation et les gestes barrière doivent impérativement être respectés ». La CFDT dénonce les mêmes manquements : « pas de masques à disposition, les outils de travail présents en salle de travail pas désinfectés, aucun gel hydroalcoolique dans les ateliers, les accès pas désinfectés en production ».

27 000 masques inutilisés

Le syndicat a par ailleurs découvert que l’entreprise disposait de 28 000 masques dont elle n’a pas équipé ses salariés dans un premier temps, et maintenant qu’elle est obligée de les donner aux services d’urgences, il apparaît qu’elle n’en a donné que 1000. Un facteur d’aggravation s’ajoute à celui du Covid-19 : ce site est l’un des 705 en France qui sont classés « Seveso seuil haut ». Il présente donc à ce titre « un risque technologique majeur ».

Du côté de la direction, le Président du groupe Pascal Rémy fait primer le principe économique sur le reste, avec une rhétorique quelque peu douteuse : « Ne pas livrer nos clients serait criminel. Arrêter la production est impossible, d’autant que la moitié de notre activité concerne les municipalités. Ce serait catastrophique pour la Nation. On créerait un problème supplémentaire de santé publique. »

René Pich se lâche

Le fondateur et directeur général, René Pich, s’est, lui, carrément lâché dans un communiqué titré « Confinement et égoïsme » publié le 18 mars, où l’absurde le dispute au vulgaire : il y dénonce « ceux qui paniquent et se calfeutrent dans leur trou comme des rats », « ceux qui veulent profiter de la situation pour ne rien faire et obtenir des avantages », « ceux qui pensent que c’est une très bonne occasion pour détruire le système capitaliste qui leur donne à manger ». La réponse ne s’est pas fait attendre : « c’est écoeurant et à vomir », commente une salariée.

De son côté, l’inspecteur du travail délégué sur place pour rendre compte de la situation a adressé le 19 mars un document de cinq pages à la direction de l’entreprise, qui lui apporte un démenti cinglant. D’une part, il précise que le domaine d’activité de SNF, la chimie, n’entre pas dans les « secteurs listés de manière exhaustive » par le gouvernement « dont l’activité reste impérative pour le fonctionnement de la nation », et il fait, d’autre part, une série de constats sans appel : « absence totale d’évaluation des risques », « les mesures de prévention ne sont pas explicitées », « violation des principes généraux de prévention », « document indigent et totalement creux en matière de prévention des risques ».

Il conclut son courrier par deux affirmations alarmantes : « vous ne respectez pas vos obligations de sécurité et de protection de la santé des travailleurs » et « la poursuite de votre activité dans ces conditions ne peut que générer une propagation rapide du virus ».

L’inspecteur du travail évoque enfin le communiqué de René Pich dont il souligne « le caractère injurieux », et dénonce une communication « parfaitement irresponsable », ainsi que des « injonctions culpabilisantes au travail forcené » et un « mépris des personnels soignants et des mesures gouvernementales ».

1 – la plupart des témoignages sont anonymes, les salariés de SNF redoutant visiblement des représailles de la direction