Ebdo

« Aujourd’hui, nous constatons que le fossé entre les journaux d’information et les lecteurs s’est agrandi. Avec cet hebdomadaire, nous voulons recréer le rite de lecture du week-end, qui permet de trouver sa place dans le monde. »

C’est ce que déclarait à Libération, le 26 septembre 2017, Laurent Beccaria, cofondateur du magazine Ebdo, qui fait sa Une le 15 février 2018 sur « L’affaire Nicolas Hulot ».

Outre la grande prétention du propos, deux questions principales se posent :

  • est-il raisonnable de penser rétablir le lien de confiance avec les lecteurs en publiant une « enquête » aussi bâclée ?
  • comment trouve-t-on sa place dans le monde en lisant des articles aussi crapoteux et mal foutus ?

Pour rappel :

Bref :

  • pas de faits, pas de preuves et une ligne éditoriale qui va à l’encontre de ce que les victimes demandent aux journalistes

La chasse au scoop passe avant la rigueur, avant la pudeur.

Pour rappel aussi, l’un des deux journalistes auteurs de l’enquête s’était fait payer son voyage en Libye par Kadhafi pour un entretien « exclusif » avec ce dernier dans le JDD.
Pour rappel enfin, le directeur général de Rollin Publication, société éditrice d’Ebdo est l’ancien ministre socialiste Thierry Mandon.

La moindre des choses, en publiant un dossier à charge contre un ministre important d’un gouvernement du bord opposé, aurait été de bétonner l’enquête, ne serait-ce que pour éviter les suspicions de manipulation et de complot qui ne manqueront pas de voir le jour (la ministre de la Santé évoquait à demi-mot ce scénario sur France Info ce matin).

Suspicions qui vont, une fois de plus, contribuer à creuser « le fossé entre les journaux d’information et les lecteurs », dénoncé par le même Laurent Beccaria.

Quelques semaines après ce « scoop », le 8 mars 2018, il se confie au magazine Marianne dans entretien édifiant qui peut se résumer en trois points :

  • aveu d’amateurisme :

« Je n’étais pas habitué à gérer un journal et les effets collatéraux de ce genre de scoop »

« Ebdo me prend 4 ou 5 heures par semaine »

« Je ne suis pas à la conférence de rédaction »

« Il y a plein de journalistes dont je ne connais même pas le nom »

  • absence de remise en cause :

« Je serais mortifié s’il y avait eu des erreurs. Mais ce n’est pas le cas. Je suis serein »

  • rejet des responsabilités sur ses petits camarades :

« Il faudrait poser la question à Patrick de Saint-Exépury et Constance Poniatowski, les directeurs de la rédaction et à Thierry Mandon, le directeur de la publication. C’est eux qui sont responsables des embauches. »

Epilogue :

Le 22 mars 2018, Ebdo cesse de paraître.

Luc Chatel