Extrait d’une longue enquête du Point sur le Petit Journal de Canal +

« (…) Rançon de la gloire, « Le petit journal » est, depuis la campagne présidentielle de 2012, scruté et critiqué. Les accusations de montages tendancieux se multiplient, essentiellement des partis antisystème. « Pour nous, c’est plus de l’ordre de la caricature que du journalisme, car ils travestissent la réalité », assure Eric Coquerel. Le coordinateur du Front de gauche se souvient d’un meeting à Metz où l’équipe du « PJ » avait un « accès restreint ». « Yann Barthès a affirmé que le Front de gauche a bafoué la liberté de la presse. Il avait fait un montage nauséabond des discours de Jean-Luc Mélenchon comme s’il était un dictateur sous l’Occupation. »

Du côté du FN, on interdit l’accès. Le récent montage d’une interview de Marine Le Pen, qui se serait fait ridiculiser sur Radio Canada, n’a pas arrangé les relations. Chez Bangumi, au nom de « valeurs humanistes », le FN fait clairement figure d’adversaire. Mais, vecteur d’audience, le parti frontiste pose aussi un problème du fait de la pénurie d’images… Longtemps pure créature de l’émission, Nicolas Dupont-Aignan a également fini par interdire leurs caméras : « Ils ont changé, ils sont devenus de plus en plus militants. » Lui cite un reportage où « Le petit journal » s’est moqué de militants bafouillant « en sortie de meeting », alors que les images ont sans doute été prises avant la réunion.

Mais, chez les politiques plus aguerris à la nouvelle communication, on « adore ». « Ils offrent un droit de suite, ils font le taf que ne font pas les autres » , s’enthousiasme Julien Bayou, porte-parole d’EE-LV, ravi d’avoir vu son ancienne patronne Emmanuelle Cosse se faire « pousser à bout » sur le cumul des mandats. Autre grand fan : François Hollande. « Ça le fait rire », assure son conseiller en communication Gaspard Gantzer. A l’Elysée, les équipes lui montrent des extraits quand il y figure et lui-même regarde l’émission sur son téléphone. « Ça met en valeur une dimension de sa personnalité, sa proximité avec les gens et son humour », décortique Gantzer. « « Le petit journal » ne critique pas la politique d’Hollande sur le fond. Comme tout se joue sur l’image et qu’il a une image très sympathique, il en ressort bénéficiaire », confirme le journaliste Luc Chatel, auteur des « Tartuffes du petit écran » (éd. Jean-Claude Gawsewitch). Lors des déplacements présidentiels, leurs reporteurs bénéficient d’un « traitement particulier pour prendre en compte leur traitement particulier ». « Je demande à mon équipe d’aller les voir au début, pour créer un bon contact. Il faut être dans leur ton, jamais dans la brutalité », explique Gantzer. (…) »