13694926083_2eba088e86_zExtrait de la tribune de Robert McLiam Wilson « La lutte des classes au pays des fées », publiée dans Libération le 19 février 2015

« (…)Pendant ce temps, la soi-disant gauche néglige tous ses autres électeurs et son plus grand devoir : la lutte pour le récit.

Parce que tout revient au récit. Si vous gagnez la guerre du storytelling, vous gagnez le passé et l’avenir. Et depuis trente ans, c’est la droite qui gagne.

L’austérité est une bonne idée ? Privatiser, saper les syndicats, ça marche ? Les réductions d’impôts rendent tout le monde plus riche ? Si nous ne combattons pas cette pensée magique, à quoi servons-nous ? C’est peut-être pour ça que vous avez cru que l’ex-patron du FMI pouvait être socialiste…

Ceci n’est pas un suicide culturel. C’est la longue défaite, la guerre qui n’a pas été livrée.

Mais la version la moins contestée, c’est celle qui convient à la nouvelle gauche super bourge : l’absurde fable selon laquellela politique de classes est morte. Non seulement elle n’est pas morte, mais il n’y en a pas d’autres. Si vous vous consacrez à autre chose, je vous suggère d’y trouver un autre nom : loisir, violon d’Ingres, activité temps calme.

Et la politique de classes anéantit instantanément la frivolité de l’obsession identitaire. La couleur compte moins que la classe. Tout de suite et pour toujours. Retirer la notion de classe de la pensée politique ne produit qu’un seul résultat : un bon gros gâteau pour la vilaine dame blonde en bleu.(…) »