5346829113_22015fd16d_zExtrait de l’article « Les algorithmes ont-ils pris le pouvoir ? » publié dans le mensuel Sciences Humaines de janvier 2015 :

« (…) Le journaliste et ingénieur américain Christopher Steiner a alerté récemment l’opinion sur notre dépendance croissante aux algorithmes. Dans son dernier ouvrage, Automate this. How algorithms came to rule our world (2012), best-seller aux États-Unis, il prend l’exemple de la firme Music Xray. Grâce à des algorithmes, cet outil est capable de classer les créations musicales en fonction de rythmes ou de tempos qui ont déjà connu du succès. Les créations qui ne collent pas au « hit appeal » auront moins de chances d’être commercialisées, d’où une tendance à l’homogénéisation musicale.


C’est au fond le principal reproche adressé aux algorithmes : en classant les informations qui nous arrivent, ils orientent notre action à notre insu. Ils nous font des recommandations sur les musiques à écouter, les objets à acheter, les gens à rencontrer, les pays à visiter. Mais ils peuvent aussi cibler les individus, décider de la visibilité de certaines idées, personnes et produits au détriment d’autres, engager des transactions financières…


Tout l’enjeu est de savoir comment rester maître de ces algorithmes. Le philosophe Bernard Stiegler y voit une nouvelle forme de prolétarisation : « La prolétarisation, affirme-t-il, c’est historiquement la perte du savoir du travailleur face à la machine qui a absorbé ce savoir. » Selon lui, nous aurions atteint un nouveau stade : les machines, que nous nous contentons de paramétrer sans les maîtriser, nous dépossèdent de l’information, et surtout de l’information nous concernant. Car même s’il existe des garde-fous, comme la désactivation des cookies ou l’utilisation de moteurs de recherche qui ne pratiquent aucun traçage, les règles sont opaques et l’internaute n’en a pas forcément conscience.
 (…) »