16232792708_52c05597c5_zExtrait de l’entretien accordé par Claude Onesta à l’Obs, le 02/02/3015 :

 » Cela fait bientôt 14 ans que vous êtes à la tête de l’équipe de France. Vous avez gagné six des neufs derniers titres internationaux. Comment fait-on pour garder la flamme avec un tel palmarès ?

– C’est une question judicieuse, que je me pose au plus profond de moi. Dans un premier temps, je me suis surtout intéressé au comment, à la manière de gagner des matchs. Et puis depuis quelques années, j’ai commencé à questionner le pourquoi, le sens des choses. Les gens me placent sur un piédestal, alors que moi je me perçois d’abord comme un clown, un amuseur public, un créateur d’émotions.

Ce décalage m’a fait réfléchir, notamment en compagnie du sociologue Pierre Dantin, et de ces réflexions est sorti un livre (« Le règne des affranchis », Michel Lafon, 2014) qui m’a permis de faire le point sur ma pratique. Si je n’avais pas eu ça, je crois que j’aurais arrêté. Parce que gagner des matchs et des titres, j’étais relativement rassasié…

Vous n’avez plus ce plaisir innocent de la victoire…

– Je ne l’ai jamais vraiment eu, à l’exception du premier titre [le championnat d’Europe en 2006, NDLR] qui m’a procuré un sentiment de lévitation, de béatitude. J’avais enfin gagné quelque chose ; on allait arrêter de penser que j’étais le pire des cons. Ceci dit, le sport raconté par les médias sportifs ne m’intéresse pas.

Moi, ce qui me passionne, c’est ce que le sport peut représenter comme vecteur de mieux-vivre et de mieux-faire ensemble. Ce ne sont pas les titres qui importent, mais la construction de ces titres, le modèle novateur qu’on a mis en place : comment on a pu grandir ensemble, s’accommoder de nos différences, faire fructifier les éléments positifs en chacun… C’est ça mon vrai bonheur dans cette aventure collective.

C’est un plaisir un peu décalé…

– C’est vrai que, quand j’écoute les joueurs, il m’arrive de les trouver très premier degré, et même parfois un peu cons. (…)  »