IMF PhotographExtrait d’une tribune de Joseph E. Stiglitz publiée dans les Echos le 22/01/2015

« Dans la plupart des pays de l’Union européenne, le PIB par habitant est inférieur à ce qu’il était avant la crise. La demi-décennie perdue se transforme sous nos yeux en une décennie entière. Derrière le froid des statistiques, des vies humaines sont brisées, des rêves sont étouffés et des familles éclatent (ou ne se forment pas) en raison de la stagnation qui se prolonge (voire de la dépression dans certains pays).

(…) Les dirigeants européens restent convaincus qu’ils doivent donner la priorité aux réformes structurelles. Or les problèmes qu’ils mettent maintenant en avant étaient apparents bien avant la crise et pour autant ils n’ont alors pas mis un coup d’arrêt à la croissance. Plutôt que de réformes structurelles internes dans chacun de ses pays membres, l’UE a besoin de modifier la structure même de la zone euro et d’inverser la politique d’austérité qui a échoué à réamorcer la croissance. Ceux qui pensaient que l’euro ne survivrait pas se sont trompés. Mais les critiques ont eu raison sur un point : relancer l’économie européenne exige de réformer la zone euro et d’abandonner l’austérité.

Le drame de l’Europe est loin d’être terminé. La vitalité de ses démocraties constitue l’une de ses forces. Mais, notamment dans les pays en crise, l’euro empêche les citoyens d’avoir leur mot à dire sur l’avenir de l’économie. Les électeurs mécontents de la direction prise par l’économie chassent les gouvernements en place – pour les remplacer par d’autres qui suivent la même politique dictée par Bruxelles, Francfort et Berlin.

Cela va-t-il durer encore longtemps ? Comment les électeurs vont-ils réagir ? »