nova_richardCheveux argentés sur les épaules, t-shirt noir, pantalon jaune doré et bracelet d’émeraudes, Daniel Richard a plutôt l’allure d’un gardian que d’un patron du CAC 40. Depuis trois ans à la tête d’une prestigieuse PME provençale, Souleiado, il a fait l’essentiel de sa carrière à la tête de grandes entreprises comme les Trois Suisses ou Séphora. Et a été parachuté il y a six ans à la tête de Nova. « Après la mort de Jean-François Bizot, sa famille m’a demandé de prendre son poste à la présidence du groupe Novapress, en attendant que la succession soit réglée. On a fait une réunion générale où j’ai annoncé au personnel que je le remplaçais. Il y a eu une grande déception, car on ne succède pas à Jean-François », confie-t-il avec une surprenante sincérité.

Depuis, la succession court toujours. Daniel Richard a été adopté et la situation de cette fragile entreprise stabilisée. Nova atteint des records d’audience et dispose de sa propre régie publicitaire. N’ayant jamais eu de poste à responsabilité dans les médias ni dans la culture, Daniel Richard n’avait pas vraiment le profil pour succéder au fondateur de Nova. Mais leur histoire en décida autrement. « J’ai rencontré Bizot quand je dirigeais les 3 Suisses. On a réalisé qu’on était aussi fous l’un que l’autre, malgré des tempéraments très différents. Disons que l’on ne prenait pas les mêmes risques… »

Le grand patron redresseur de boîtes et le génial défricheur de talents ne se quittent plus. Bizot embarque Richard dans ses voyages homériques : « C’était toujours une aventure de partir avec lui. Que ce soit au Mexique pour rencontrer le sous-commandant Marcos ou à Los Angeles pour écumer les magasins de disques avec un caddie ! » A cette époque, si le patron de Nova ne tient pas en place, celui des 3 Suisses, entreprise située à Croix (59), vit à l’hôtel. Pas au Carlton de Lille, mais au Novotel de Neuville-en-Ferrain…

Le duo phosphore sur des tas de projets. Bizot fait entrer Richard au Conseil d’administration de Nova. « La vente par correspondance a toujours eu une image ringarde, explique Daniel Richard. Or j’ai découvert en arrivant à la tête des 3 Suisses qu’une Française sur deux recevait notre catalogue. On avait un véritable impact. J’ai voulu sensibiliser nos salariés et nos clients à la culture et à l’innovation. C’est ainsi que l’on a imaginé, avec Jean-François, les compil’ Nova. Il éditait un disque de musiques typiques du « son Nova », et moi, je le commercialisais dans le catalogue. »

Daniel Richard fut aussi un précurseur d’Internet et travailla avec des designers et des artistes d’avant-garde comme Philippe Starck ou Fabrice Hybert. A cette époque, il se découvre une sensibilité écologique. Qui va devenir une passion. En 2001, il prend la tête de WWF-France. Avec Greenpeace, il crée l’Alliance pour la Planète qui sera en grande partie à l’origine du Grenelle de l’Environnement. Le bilan qu’il en tire aujourd’hui est mitigé. « S’il n’est pas allé assez loin, le Grenelle a débouché sur de nouvelles normes, pour l’habitat et la biodiversité par exemple. Et l’Alliance a inventé un mode d’organisation très intéressant, où plus de 80 associations étaient réunies sans structure rigide et sans chef. Les politiques étaient déstabilisés, ils ne pouvaient pas faire pression sur nous. Pourtant, on en a eus, des appels de Sarkozy et des autres… L’écologie perd de sa force quand elle commence à entrer dans le jeu politicien, à faire des concessions et des arrangements, pour des questions de pouvoir et d’ego. Ce que font les Verts en permanence. »

Après une dizaine d’années à la tête de l’ONG, il quitte son poste : « J’avais fait mon temps. En plus, dans ces associations, les scientifiques n’apportent que des mauvaises nouvelles : au bout de trois ans on se demande si le monde tourne à l’endroit, et au bout de dix on est sûr qu’il tourne à l’envers ! » A 69 ans, son parcours peut sembler aussi confus que l’ancien bureau de Bizot. Pourtant, des 3 Suisses à Nova et de WWF à Souleiado quelques principes forts ont guidé ses choix. La peur de l’ennui et de la répétition, notamment, qui l’a fait quitter ses postes de son propre gré, mêmes les plus prestigieux. Et la conviction que le travail n’est pas séparé de la vie .« Pour accepter un job, il faut que j’arrive à en rêver la nuit, avoue-t-il. C’est pour cela que je n’ai jamais travaillé dans les banques ni les assurances… »

(article publié le 11 septembre 2013 dans Les Inrockuptibles)