Yamina-Benguigui-deplacement-kinshasaDans la catégorie « je suis ministre, le saviez-vous ? », cela faisait un bail que l’on était sans nouvelles de Yamina Benguigui. Depuis sa dernière apparition au Festival de Cannes, tout au moins. Pourtant, notre ministre déléguée à la Francophonie  n’est pas inactive.  Elle vient de créer un site internet pour apprendre le français aux étrangers…

Le 18 juillet 2013, Yamina Benguigui a donc lancé le site « Parlons français« . En toute discrétion. Pas un article n’a paru sur le sujet. Pourtant, il le mériterait. Les pourfendeurs des dépenses publiques inutiles, façon Eric Brunet, Jean-Marc Sylvestre ou François de Closet pourront s’en donner à coeur joie quand ils découvriront la chose. Et pour une fois… ils n’auront pas tort.

Ce site repose sur des principes d’apprentissage ludiques – vidéos, jeux, tests -, sans fournir aucun lexique ni aucun guide théorique (grammaire, conjugaison). Ou alors sous la forme de « mémos », d’une brièveté totalement inopérante. Ceux qui n’ont aucune base en français seront largués. Et ceux qui en ont passeront – peut-être – un bon petit moment de détente, mais n’apprendront pas grand chose.

Par ailleurs, il y a une ambigüité quant au public visé par ce site. A priori, ce sont des étrangers désireux d’apprendre le français. Yamina Benguigui évoqua par exemple lors de la présentation du site, à Lille, « des femmes, notamment sur le continent africain, qui n’ont pas accès à l’éducation ». Le jour où elle ira le tester dans un village africain, je veux bien être de la partie…

Mais elle expliqua aussi qu’il pourrait servir « à certains, reclus dans des quartiers en France, sans mixité suffisante pour se familiariser avec le français. » Une façon pas très élégante de dire que les profs font mal leur boulot… Et que grâce à son nouveau site, l’Education Nationale sera sauvée.

Ce fabuleux site repose sur quarante mini-webdocs qui servent de support pédagogique. Avec pour guides, une comédienne québécoise et un ingénieur du son français d’origine marocaine, que l’on suit dans différents épisodes, comme des personnages de fiction. Or ces mini-films, outre leur efficacité limitée, donnent une vision de la France assez surprenante.

D’abord, la quasi-totalité des personnes présentées sont des artistes. Leçon numéro 1 : si tu es étranger et que tu veux vivre en France, travaille dans le spectacle. Le hic, c’est que tous les artistes n’ont pas la carrière ni le niveau de vie de Yamina Benguigui (dont les films ont été mutli-primés, comme elle se complaît à le souligner dans la biographie à rallonge de son site officiel), loin de là. La culture est au contraire l’un des secteurs les plus touchés par la précarité. Nombre d’intermittents seront très étonnés de découvrir ces portraits (Nabil, par exemple, arrivé en France à 31 ans, vit sept ans plus tard dans une maison avec jardin à Ivry-sur-Seine…).

Ensuite, tous les lieux visités dans ces webdocs se situent dans la capitale. Leçon numéro 2 : la France, c’est Paris. Et le Paris qui nous est présenté n’est pas celui de Belleville ni de Ménilmontant, mais se résume aux endroits les plus snobs de la ville : le Café de Flore, la Coupole, les Champs-Elysées. Quand on emmène le visiteur faire une excursion en banlieue, ce n’est pas à Saint-Ouen ni à Montreuil, mais à Versailles.  Il faut dire que le seul personnage historique présenté dans ces documentaires est… Marie Bonaparte. Là ça devient vraiment poilant.

Enfin, quatre sujets sont consacrés à l’Institut du Monde Arabe (institution qui a l’air de beaucoup intéresser Madame la Ministre…); de préférence en compagnie d’un collectionneur milliardaire, Nasser Khalili. Leçon numéro 3 : les Français d’origine étrangère viennent soit du Québec (également très présent sur le site), soit du monde arabe. Chinois, Africains, Latino-Américains, Européens… connais pas.

Malheureusement – ou heureusement – cela risque d’être assez difficile pour les internautes de tomber sur ce magnifique site. En effet, outre une communication pour le moins discrète, le nom de domaine « Parlons Français » est déjà pris par plusieurs autres organismes. « J’ai mis quinze minutes à trouver l’URL officielle », témoigne un internaute sur la page Facebook du site. Dommage qu’un webdoc n’ait pas été consacré à l’efficacité de la bureaucratie à la française…

Finissons en beauté avec un « atelier » du site qui propose de découvrir « le jeu de la séduction à la française », à partir d’un dialogue imaginé entre un homme et une femme, le premier essayant de séduire la seconde . Extrait :

Lui : Est-ce que vous désirez du feu ?
Elle : Non merci, j’fume pas.
Lui : Eh, ça tombe ben, moi non plus !
Elle : Est-ce que j’aurais pas une poussière dans l’œil ?
Lui : Vous ? Comment vous pourriez avoir une poussière dans votre œil ? Ça prend pas la poussière des beaux yeux d’même !
Elle : Est-ce que vous parlez comme ça à toutes les femmes ?
Lui : Non.
Elle : Ah bon…
Lui : Qu’est-ce que vous diriez d’être la mère de mes enfants ?
Elle : Vous avez des enfants ?
Lui : Non, je parlais de nos enfants !