froome2Dans son émission du dimanche 14 juillet, « En direct de l’Equipe », de 19h30 à 20h30, la rédaction des sports de RTL s’est lâchée. Les quelques minutes que les journalistes ont consacrées à l’étape du Tour de France ont été particulièrement éloquentes.

Quelques heures auparavant, le maillot jaune, Christopher Froome, était arrivé en tête au sommet du Mont Ventoux, après une série d’accélérations qui ont laissé de nombreux journalistes circonspects, voire énervés (tous, sauf ceux de l’Equipe : lire sur ce blog « Tour de France (2) : l’Equipe, un journal de blaireaux ? »).

C’est le directeur du service des sports, Christian Ollivier, qui ouvre le bal : « J’ai halluciné quand j’ai vu la première accélération de Froome. »

Le journaliste Sylvain Charley embraye : « Il est en sprint, Christian, moi, dans mon siège devant ma télé, je me suis dit « non !, on est revenu à la grande époque du dopage ! ». On ne peut pas ne pas s’empêcher de poser la question. »

Christian Ollivier : « Bien sûr, il y a la présomption d’innocence, mais on ne peut pas avoir de retenue dans l’analyse depuis 98. Car depuis 98 on est cocufiés par les coureurs du Tour de France. On espère tous, on le souhaite, que Chris Froome soit un coureur propre. Mais c’est normal qu’on se pose la question : première accélération, il a les mains en haut du guidon, quasiment sur les freins, il a le postérieur posé sur la selle, il mouline comme un VTTiste et il décroche Contador ; deuxième accélération, même chose ; et troisième accélération, c’est Quintana qui ne voit pas le jour. Donc on peut se poser des questions parce que ça rappelle des images plutôt fâcheuses. »

Sylvain Charley : « Surtout qu’on a l’impression qu’après, il gère son effort, qu’il n’est plus à 100%. »

Ludovic Van de Kerkove, journaliste qui anime l’émission, les rejoint : « On a des chiffres des experts en biomécanique, et Frédéric Grappe, l’entraîneur de l’équipe FDJ.fr, a mesuré 378 watts la puissance développée durant toute l’ascension du Ventoux par Christopher Froome »

Sylvain Charley : « Donc ça, c’est plutôt normal »

Ludovic Van de Kerkove: « Ah non, c’est exceptionnel ! Ce sont les termes employés par Frédéric Grappe. »

Quelques minutes plus tard, sur Europe 1, dans l’émission Europe 1 sport (21h – 23h), c’est Richard Virenque, consultant sportif pour cette radio, qui émettait lui aussi des doutes sur la performance de Froome. Richard Virenque est habituellement assez prudent sur le sujet, et plutôt porté à défendre les cyclistes qu’à les accuser hâtivement. Voici pourtant ce qu’il a dit des accélérations de Froome dans le Ventoux :

« On n’attaque jamais par devant, comme il l’a fait. C’est normal qu’on se pose des questions. C’est comme s’il n’avait aucun adversaire. Il a fait un show. Il a une jambe de plus que tout le monde. »

Pendant ce temps, en revanche, sur France Télévisions, partenaire du Tour de France, on admire en silence : rien dans « Le résumé de l’étape », rien dans « Le film du Tour », rien dans le « Journal de 20H », excepté, dans ce dernier, de belles métaphores champêtres (« le Mont Ventoux domine la Provence comme Froome domine le Tour de France ») et une remarque hyper-elliptique à la Dan Brown : « mis à part ceux qui ont choisi de faire l’autruche, tout le monde a vu que Froome avait quelque chose en plus ». Merci le service public.