leo-ferre_image_310x184En ce jour de propagande militariste, où médias et politiques s’extasient tels des enfants fous devant chars d’assaut, avions de chasse et autres jouets pour décérébrés, tournons-nous plutôt vers Thiéfaine, Brassens, Brel, Vigneault et surtout Léo Ferré à l’occasion des vingt ans de sa disparition (ceux qui sont à Marseille peuvent se rendre au Théâtre Toursky, créé par son ami Richard Martin, qui organise ce dimanche une grande et belle Nuit Léo Ferré).

Et pour lui rendre hommage, voici une petite sélection de fabuleuses chansons anti-militaristes :

Regardez-les (Ferré)  


Critique du chapitre 3 ( Thiéfaine) 

Les patriotes (Brassens)    


Le caporal casse-pompon (Brel) 

113e cigarette sans dormir (Thiéfaine)  

Les beaux métiers (Vigneault) 

Le déserteur (version Mouloudji)   

Regardez-les – Léo Ferré

Regardez-les défiler
Ils ne savent ce qu’ils font
Et pourtant, ils s’en vont
Ils s’en vont sans savoir où ils vont
Regardez-les défiler
Ils n’ont pas su dire non
À la voix du canon
Ils s’en vont pour le droit, pour la loi
On ne sait jamais pourquoi
Et voilà, on remet ça !

On leur a dit que c’était la dernière guerre
Ils sont partis sans un mot mais ils n’y croient guère
Regardez-les s’en aller
Dans quelques jours, ils auront
Des tambours, des clairons
Ils tueront sans savoir ce qu’ils font
Regardez-les s’en aller
Dans quelques jours, ils auront
Des fusils, des canons
Ils tueront, croix d’honneur, croix de bois
On ne sait jamais pourquoi
Et voilà, on remet ça !

La vie, l’amour, les chansons n’ont pas de frontières
Nous sommes tous les enfants de la même Terre
Prends ton fusil
Mon ami
C’est pour la dernière fois
On dit ça
Et voilà
Pour le droit, pour la loi
On remet ça !

Prends ton fusil
Mon ami
Si tu savais t’en servir
Tu pourrais t’affranchir
Pour le droit, pour la loi
Mais voilà, on ne sait jamais pourquoi
Ces choses-là
N’ se font pas

Critique du chapitre 3 – Hubert-Félix Thiéfaine

Et les roses de l’été
Sont souvent aussi noires
Que les charmes exhalés
Dans nos trous de mémoire
Les vaccins de la vie
Sur les bleus de nos coeurs
Ont la mélancolie
Des sols bémols mineurs
Pour un temps d’amour
Tant de haine en retour

Quelques froides statues
Aux pieds des sycomores
Rappellent un jamais plus
Avec le nom des morts
Un oiseau de chagrin
Dans le ciel assombri
Chante un nouveau matin
Sur des ruines en Bosnie
Pour un temps d’amour
Tant de haine en retour

Je visionne les miroirs
De ces vies déchirées
Maintenant que le soir
Ne cesse de tomber
Et ma colère qui monte
Et ma haine accrochée
Au-dessus de ces tombes
Où je n’ose pas cracher
Pour un temps d’amour
Tant de haine en retour

D’autres salauds cosmiques
S’enivrent à Bételgeuse
Dans les chants magnétiques
Des putains nébuleuses
L’humain peut disparaître
Et son monde avec lui
Qu’est-ce que la planète Terre
Dans l’oeil d’un rat maudit
Pour un temps d’amour
Tant de haine en retour

Les patriotes – George Brassens

Les invalid’s chez nous, l’revers de leur médaille
C’est pas d’être hors d’état de suivr’ les fill’s, cré nom de nom,
Mais de ne plus pouvoir retourner au champ de bataille.
Le rameau d’olivier n’est pas notre symbole, non!

Ce que, par-dessus tout, nos aveugles déplorent,
C’est pas d’être hors d’état d’se rincer l’œil, cré nom de nom,
Mais de ne plus pouvoir lorgner le drapeau tricolore.
La ligne bleue des Vosges sera toujours notre horizon.

Et les sourds de chez nous, s’ils sont mélancoliques,
C’est pas d’être hors d’état d’ouïr les sirènes, cré de nom de nom,
Mais de ne plus pouvoir entendre au défilé d’la clique,
Les échos du tambour, de la trompette et du clairon.

Et les muets d’chez nous, c’qui les met mal à l’aise
C’est pas d’être hors d’état d’conter fleurette, cré nom de nom,
Mais de ne plus pouvoir reprendre en chœur la Marseillaise.
Les chansons martiales sont les seules que nous entonnons.

Ce qui de nos manchots aigrit le caractère,
C’est pas d’être hors d’état d’pincer les fess’s, cré nom de nom,
Mais de ne plus pouvoir faire le salut militaire.
jamais un bras d’honneur ne sera notre geste, non!

Les estropiés d’chez nous, ce qui les rend patraques,
C’est pas d’être hors d’état d’courir la gueus’, cré nom de nom,
Mais de ne plus pouvoir participer à une attaque.
On rêve de Rosalie, la baïonnette, pas de Ninon.

C’qui manque aux amputés de leurs bijoux d’famille,
C’est pas d’être hors d’état d’aimer leur femm’, cré nom de nom,
Mais de ne plus pouvoir sabrer les belles ennemies.
La colomb’ de la paix, on l’apprête aux petits oignons.

Quant à nos trépassés, s’ils ont tous l’âme en peine,
C’est pas d’être hors d’état d’mourir d’amour, cré nom de nom,
Mais de ne plus pouvoir se faire occire à la prochaine.
Au monument aux morts, chacun rêve d’avoir son nom.

Le caporal casse-pompon – Jacques Brel

Mon ami est un type énorme
Il aime la trompette et le clairon
Tout en préférant le clairon
Qu’est une trompette en uniforme
Mon ami est une valeur sûre
Qui dit souvent sans prétention
Qu’à la minceur des épluchures
On voit la grandeur des nations

Subséquemment subséquemment
Subséquemment que je ne comprends pas
Pourquoi souvent ses compagnons
L’appellent
L’appellent
Caporal casse-pompon

Mon ami est un vrai poète
Dans son jardin, quand vient l’été
Faut le voir planter ses mitraillettes
Ou bien creuser ses petites tranchées
Mon ami est homme plein d’humour
C’est lui qu’a trouvé ce bon mot
Que je vous raconte à mon tour
Ich slaffen at si auuz wihr prellen zie

Subséquemment subséquemment
Subséquemment que je ne comprends pas
Pourquoi souvent ses compagnons
L’appellent
L’appellent
Caporal casse-pompon

Mon ami est un doux rêveur
Pour lui Paris c’est une caserne
Et Berlin un petit champ de fleurs
Qui va de Moscou à l’Auvergne
Son rêve revoir Paris au printemps
Redéfiler en tête de son groupe
En chantant comme tous les vingt-cinq ans
Baisse ta gaine Gretchen que je baise ta croupe (ein zwei)

Subséquemment subséquemment
Subséquemment que nous ne comprenons
Comment nos amis les Franzosen
Ils osent ils osent l’appeler
Caporal casse-pompon (ein zwei) !

113e cigarette sans dormir – Hubert-Félix Thiéfaine

Les enfants de Napoléon
Dans leurs mains tiennent leurs roustons
S’ils ont compris tous les clichés
Ça fera de la bidoche pour l’armée…
Les partouzeurs de miss métro
Patrouillent au fond des souterrains
Mais ils rêvent d’être en hélico
À se faire de nège et du youpin…
Les vopos gravent leurs initiales
Dans le brouillard des no man’s lands
Et les démasqueurs de scandales
Prennent le goulag pour Disneyland…
Les gringos sortent un vieux crooner
Pour le western du silence
Demain, au Burgenbräukeller
Je léguerai mon âme à la science…
Car moi je n’irai pas plus loin
Je tiens ma tête entre mes mains
Guignol connaît pas de sots métiers
Je ris à m’en faire crever!
Le petites filles de Mahomet
Mouillent aux anticoagulants
Depuis qu’un méchant gros minet
Joue au flipp avec le Coran
Les dieux changent le beurre en vaseline
Et les prophètes jouent Dracula
S’il vous reste un fond de margarine
J’en aurai besoin pour ma coda
Car moi je n’irai pas plus loin
Je tiens ma tête entre mes mains
Guignol connaît pas de sots métiers
Je ris à m’en faire crever!

Tu traîne ta queue dans la chaux vive
Et t’hésites à choisir ton camp
T’as des aminches à Tel-Aviv
Et des amours à Téhéran…
Si tu veux jouer les maquisards
Va jouer plus loin, j’ai ma blenno
Tu trouveras toujours d’autres fêtards
C’est si facile d’être un héros…
Mais moi je n’irai pas plus loin
Je tiens ma tête ente mes mains
Guignol connaît pas de sots métiers
Je ris à m’en faire crever
Retour aux joints et à la bière
Désertion du rayon képis!
J’ai rien contre vos partenaires
Mais rien contre vos petites soeurs ennemies
Manipulez-vous dans la haine
Et dépecez-vous dans la joie
Le crapaud qui gueulait: je t’aime
A fini planté sur une croix!
Et moi je n’irai pas plus loin
Je tiens ma tête entre mes mains
Guignol connaît pas de sots métiers…
Non moi je n’irai pas plus loin
Je tiens ma tête entre mes mains
Guignol connaît pas de sots métiers
Je ris à m’en faire crever
Arsenic is good for you
À m’en faire crever
Arsenic is good for you

Les beaux métiers -Gilles Vigneault

Le charpentier dit volontiers
Rien de niveau sur la planète
Mais ça reste un métier honnête
Tu pourrais faire un charpentier

Mais ne fais pas un militaire
Car ce n’est pas un beau métier
D’aller tuer des charpentiers
De l’autre côté de la terre

Il vaut mieux perdre la guerre
Que d’aller au pas du pauvre soldat

Le jardinier dit volontiers
Il a fait beau d’un jour de pluie
Ça c’est un métier pour la vie
Tu pourrais faire un jardinier

Mais ne fais pas un militaire
Car ce n’est pas un beau métier
D’aller tuer des jardiniers
De l’autre côté de la terre

Il vaut mieux perdre la guerre
Que d’aller au pas du pauvre soldat

Le savant dit si vous saviez
Si vous saviez mon ignorance
Le métier de la connaissance
Est mal connu et journalier

Mais ne fais pas un militaire
Car ce n’est pas un beau métier
D’aller tuer des journaliers
De l’autre côté de la terre

Il vaut mieux perdre la guerre
Que d’aller au pas du pauvre soldat

Le prisonnier dit volontiers
Faire du temps parlant de l’ombre
Mais en voulant sortir du nombre
Tu pourrais faire un prisonnier

Mais ne fais pas un militaire
Car ce n’est pas un beau métier
D’aller tuer des prisonniers
De l’autre côté de la terre

Il vaut mieux perdre la guerre
Que d’aller au pas du pauvre soldat

Le chansonnier dit volontiers
J’aurais aimé être poète
Or pour si peu qu’il le souhaite
Chacun peut faire un chansonnier

Mais ne fais pas un militaire
Car ce n’est pas un beau métier
D’aller tuer des romanciers
De l’autre côté de la terre

Il vaut mieux perdre la guerre
Que d’aller au pas du pauvre soldat

Le brigadier dit volontiers
Il faut être prêt pour la guerre
Il faut des armes pour la faire
Reprend en choeur le financier

Mais ne fais pas un militaire
Car ce n’est pas un beau métier
D’aller casser des sabliers
De l’autre côté de la terre

Il vaut mieux perdre la guerre
Que d’aller au pas du pauvre soldat

Du dernier robot à deux pieds
Jusqu’aux distinctions les plus hautes
Du brancardier au cosmonaute
La mort se prend pour un métier

Car le destin d’un militaire
C’est de devenir son fusil
De devenir son propre outil
C’est le plus triste sur la terre
Le destin des militaires
Qui s’en vont au pas
Tuer des soldats

Le déserteur – Boris Vian (version originale, chantée par Mouloudji)

Messieurs qu’on nomme Grands
Je vous fais une lettre
Que vous lirez peut-être
Si vous avez le temps
Je viens de recevoir
Mes papiers militaires
Pour partir à la guerre
Avant mercredi soir
Messieurs qu’on nomme Grands
Je ne veux pas la faire
Je ne suis pas sur terre
Pour tuer des pauvres gens
C’est pas pour vous fâcher
Il faut que je vous dise
Les guerres sont des bétises
Le monde en a assez

Depuis que je suis né
J’ai vu mourir des pères
J’ai vu partir des frères
Et pleurer des enfants
Des mères ont tant souffert
Et d’autres se gambergent
Et vivent à leur aise
Malgré la boue de sang
Il y a des prisonniers
On a vole leur âme
On a vole leur femme
Et tout leur cher passé
Demain de bon matin
Je fermerai ma porte
Au nez des années mortes
J’irai par les chemins

Je vagabonderai
Sur la terre et sur l’onde
Du Vieux au Nouveau Monde
Et je dirai aux gens:
Profitez de la vie
Eloignez la misère
Vous êtes tous des frères
Pauvres de tous les pays
S’il faut verser le sang
Allez verser le vôtre
Messieurs les bon apôtres
Messieurs qu’on nomme Grands
Si vous me poursuivez
Prévenez vos gendarmes
Que je n’aurai pas d’armes
Et qu’ils pourront tirer
Et qu’ils pourront tirer…

Nota:
La version initiale des 2 derniers vers était:
« que je tiendrai une arme ,
et que je sais tirer … »
corrigée pour conserver le côté pacifiste de la chanson