MermetMercredi 26 juin 2013 en fin d’après-midi, le site Article 11 publia un long texte du journaliste Olivier Cyran révélant de graves dérives dans le comportement de Daniel Mermet, producteur de l’émission culte « Là-bas si j’y suis », sur France Inter : « Daniel Mermet ou les délices de « l’autogestion joyeuse » ». Depuis une dizaine d’années, des articles parus sur le site Acrimed, dans le journal CQFD, ainsi que quelques lignes dans Télérama et Libération s’étaient fait l’écho de ce sale climat.

Mais peu de personnes ayant côtoyé Mermet osaient témoigner. Soit il s’agissait d’anciens collaborateurs qui souhaitaient oublier ces mauvais souvenirs ou qui travaillaient toujours à Radio France et voulaient éviter les problèmes, soit il s’agissait de jeunes journalistes qui ne souhaitaient pas compromettre leur avenir. Dans son texte, Olivier Cyran livre enfin des témoignages complets, précis et accablants. Auxquels s’en ajoutent quelques autres parmi les presque trois cents commentaires…

Sur la page Facebook de Christophe Ayad (journaliste au Monde et ex de Libération où il fut l’un des premiers – et l’un des rares – à évoquer les méthodes particulières de Daniel Mermet, en 2002: « Trop dictatorial avec ses collaborateurs, trop tyrannique et méprisant envers le petit personnel pour exercer un magistère, même à Radio France »), une journaliste de l’équipe de « Là-Bas si j’y suis », Anaëlle Verzaux, répond à l’article d’Olivier Cyran et donne sa version des faits. Voici ses trois principales interventions :

1) sur les contrats et les rémunérations :

« Je pense que plutôt que de s’acharner de la sorte sur quelqu’un, ce serait beaucoup plus intéressant de faire une enquête sur les contrats à Radio France et en général sur les conditions de travail des journalistes pigistes. Christophe, pour te donner un point de comparaison, à « Interception », une autre émission de reportages de la chaîne, le reporter est payé 600 euros net par reportage. A « Là-bas si j’y suis », on est payé 980 euros net le reportage et les cinq reporters de l’émission (Antoine, Giv, Charlotte, Gaylord et moi) ont tous cette année diffusé en moyenne deux reportages par mois. Donc nos salaires sont très correctes, d’autant qu’à cela, il faut ajouter les droits d’auteur de la Scam, les congés spectacle et les indemnités de pôle emploi, car nous avons désormais tous le statut d’intermittent du spectacle. Je ne dis pas que ces conditions sont idéales, le top du top serait bien sûr d’avoir un CDI. Mais vu le contexte général, on ne peut vraiment pas dire que ce soit l’enfer. Après la liquidation judiciaire de Bakchich en janvier 2011, j’ai passé un an et demi à galérer, avec 100, 200, 500 euros par mois gagnés grâce à mes piges à Rue89, Owni, Envoyé Spécial, et une fois au Monde Diplomatique. Heureusement que j’avais mon chômage ! Bref… et je suis loin d’être la seule à connaître cette précarité dans notre métier. Il me semble que 75 % des journalistes en France travaillent à la pige. Quant aux accusations de pervers narcissique, je pense qu’elles sont dû à la grosse déception de Julien puis de Benjamin de n’avoir par pu poursuivre leur chemin à « Là-bas si j’y suis ». On peut comprendre la déception, pas les insultes, qui ne datent d’ailleurs pas de cet article. Voilà »

2) sur les contrats et les rémunérations (suite) :

« Heu en fait, j’ai oublié un aspect pourtant fondamental : ce n’est pas Daniel Mermet, le producteur délégué de l’émission, qui décide de nos statuts et de nos contrats, mais bien Radio France. Tous les reporters des programmes sont des « collaborateurs spécialisés » avec carte de presse et s’ils y parviennent, le statut d’intermittent. Autre point essentiel : c’est la direction de France Inter que nous allons voir pour faire signer nos contrats, avant de partir en reportage. Ce n’est pas Daniel Mermet. Ca a toujours fonctionné de cette manière. Autre précision : nous sommes toujours payés pour les reportages « commandés » non diffusés. Par contre, c’est normal qu’un journaliste venant de la presse écrite qui commence à faire des reportages radio apprenne. Ca a été mon cas, également celui de Julien Brygo et de Benjamin Fernandez. Or apprendre, ça prend du temps (6 mois environ avant de maîtriser tournage+montage). Pendant ce temps là, on est en apprentissage en quelque sorte, c’est un peu comme un stage. Ensuite, quand on devient professionnel, avec deux reportages par mois, les conditions sont très avantageuses, étant donné le contexte de précarité généralisé. Comme je l’ai déjà écrit : 980 euros net le reportage + les droits d’auteur, etc. Bien sûr je suis d’accord, ce statut d’intermittent ne devrait rien avoir à voir avec les journalistes, et beaucoup à France Inter notamment (dont Daniel Mermet) se battent contre ça depuis des années. Lors de sa campagne pour les présidentielles, François Hollande voulait en finir avec ce qu’on appelle les « permittents », c’est-à-dire les intermittents permanents, et leur proposer des contrats normaux, adaptés, des CDD qui deviendront des CDI. Pour le moment, Hollande n’a pas bougé là-dessus. »

3) sur le comportement de Daniel Mermet :

« je n’ai pas personnellement cette mauvaise expérience, et je connais beaucoup de personnes qui étaient ou qui sont toujours ravis de travailler là. Daniel Mermet n’est pas un saint, c’est quelqu’un de professionnel, qui a une certaine exigence, puisqu’il tient à ce que l’émission soit au top. Après que certains n’apprécient pas sa façon de travailler se conçoit tout à fait. »