DenisotUne pensée émue pour Michel Denisot qui quitte la présentation du Grand Journal… Snif. Et un souvenir personnel : quand « Les Tartuffes du petit écran » (JC Gawsewitch) est sorti en novembre 2012, avec un chapitre consacré à « Michel Denisot et l’esprit « anal + » » ce brave présentateur a décroché son téléphone pour appeler mon éditeur et lui faire comprendre, à demi-mot et entre les lignes, comme il sait si bien le faire, que si jamais il récidivait contre lui et son émission, il n’inviterait plus ses auteurs à Canal +. Un grand homme. Pour saluer son départ, voici le début du chapitre qui lui est consacré dans « Les Tartuffes… » :

 » Si Yann Barthès a pris la succession des Nuls et d’Antoine de Caunes dans l’émission phare de début de soirée de Canal+, remplaçant l’improvisation par la promotion et l’inventivité par la facilité, Michel Denisot pilote, lui, désormais le Grand Journal, lointain héritier de Nulle Part Ailleurs, émission devenue culte qui fut animée pendant dix ans par Philippe Gildas. Or, le faible niveau atteint par le Grand Journal dépasse aujourd’hui le simple cercle des anciens afficionados déçus. Ce programme véhicule en effet une forme de complaisance mâtinée d’arrogance qui suscite de plus en plus de la lassitude. Voire de la colère parfois. « Venez avec moi une fois sur le terrain, venez voir les Français qui souffrent. On ne vit pas dans le même monde. » Ce vendredi 13 avril 2012, Nicolas Dupont-Aignan, candidat à la présidentielle, explose. Invité du Grand Journal sur Canal+, il a choisi de manifester vigoureusement son agacement.

De fait, avec d’autres « petits » candidats, il n’a cessé d’être la cible de caricatures, sketches et blagues en tout genre durant les campagnes présidentielle et législatives dans plusieurs programmes de Canal+. Nicolas Dupont-Aignan décide de profiter de l’une des rares invitations de la chaîne pour se faire entendre et régler ses comptes avec la chaîne. Une réaction qui va faire bondir toute l’équipe du Grand Journal, d’Ariane Massenet, qui lui lancera « Vous vous mélenchonisez », à Jean-Michel Aphatie qui le corrigera d’un : « Votre comportement n’est pas digne d’un politique. » Mais l’exploit de Nicolas Dupont-Aignan a surtout été de faire sortir Michel Denisot de son flegme légendaire.

 En effet, l’animateur du Grand Journal est réputé pour garder son calme en toute circonstance et ne pas laisser transparaître d’émotions sur son visage. Son seul signe expressif est ce petit sourire de contentement qui valide les facéties de ses chroniqueurs. Comme lorsque la « Miss météo » se fait verser du chocolat dessus en faisant croire que ce sont des excréments. On appelle ça « l’esprit Canal ». Avec Nicolas Dupont-Aignan, ses nerfs ont lâché. Au candidat qui reprochait aux journalistes de la chaîne de ne pas connaître les conditions de vie des « Français qui souffrent », Michel Denisot répondit : « Mais si, monsieur. On ne vit pas sur la Lune. Vous ne savez pas où je vis. » Mais, personne ne sut dans quel quartier pouvait bien vivre ce « Français moyen » de Michel Denisot. À l’exception de quelques affranchis et de ses voisins du boulevard Saint-Michel qui le voient parfois se promener au jardin du Luxembourg. On imagine que s’il avait décrit son quartier, l’un des plus chers de la capitale, l’effet n’aurait pas forcément joué en sa faveur et qu’il aurait plutôt donné des arguments à son contradicteur.

Il est comme ça, Michel Denisot. C’est un homme discret. On l’entend très peu parler de lui, ou alors seulement pour faire la promotion de sa région natale, près de Châteauroux, histoire de rappeler ses origines modestes dans cette France rurale oubliée de tous. C’est là qu’il passe ses week-ends, dans un village situé non loin de Saint-Genou. Un nom qui invite à… s’abaisser. Et Michel Denisot a parfaitement su courber l’échine pour laisser passer au-dessus de sa tête toutes les tempêtes traversées par Canal+. Certains d’ailleurs ne lui ont pas pardonné. Pierre Lescure par exemple. Viré de la présidence de Canal+ par Jean-Marie Messier, alors patron de la Compagnie générale des eaux devenue propriétaire du groupe, il n’a apparemment guère apprécié de voir son ami de vingt ans « profiter » de la situation pour monter en grade : après son départ, Michel Denisot fut nommé directeur général adjoint du groupe.

Avec Pierre Lescure, Alain de Greef et André Rousselet, le père fondateur, Michel Denisot a appartenu au premier carré de Canal+. Sa discrétion et ses airs d’enfant sage ont tendance à faire oublier qu’il est aujourd’hui le dernier des Mohicans toujours à l’antenne. Une telle longévité, dans un milieu aussi violent, mérite d’être soulignée. Michel Denisot, c’est un peu le François Hollande de l’audiovisuel : sous une apparence molle se dissimule un scorpion. Surtout, s’il est toujours et encore à l’antenne, c’est qu’il symbolise, au même titre que les autres « historiques », cette chaîne qui a marqué les années 1980 et 1990. (…) »