Quelques éditorialistes vedettes et patrons de presse se sont fait une renommée – et un fonds de commerce juteux – en s’autoproclamant les mal-pensants, les pestiférés et les rebelles des médias. Tout ça parce qu’ils osent, eux !, dénoncer les dérives de l’islam, de mai 68, du droit-de l’hommisme, etc. Les Zemmour, Giesbert, Ménard et Cie, en remuant ces sujets, ne font qu’utiliser des ressorts vieux comme le monde : la nostalgie, l’instinct identitaire et la peur de l’autre. Ressorts qu’il est très aisé de remonter chez chacun d’entre nous sans beaucoup d’efforts. Rien de marginal ni de glorieux à cela.

Il suffit pour s’en convaincre d’étudier précisément la teneur de leurs propos et la construction de leur argumentation. Dernier exemple en date, la une du Point : « Cet islam sans gêne ». Sur cette même couverture, on nous annonce une série de domaines où les limites seraient donc franchies par ces fameux musulmans « sans gêne ». Notons au passage cette subtilité de langage : Le Point évoque « cet islam » et non « ces musulmans ». Or la première expression laisse un doute : évoque-t-elle l’islam dans sa globalité, qui serait sans gêne parce qu’il laisse faire des radicaux, ou une partie de l’islam qui développerait des thèses inacceptables ? Comme si Le Point ne voulait pas faire la distinction entre l’immense majorité des musulmans qui ne posent aucun problème et une infime minorité extrémiste. Pourquoi par exemple ne pas avoir titré sur « Ces salafistes sans gênes », puisque c’est en fait d’eux qu’il s’agit ? Non, ce qui gêne, pour Le Point, c’est « cet islam »…

A la lecture du dossier, plusieurs surprises apparaissent : l’article de quatre pages qui l’ouvre est consacré au monde du travail et à celui de l’enseignement, où, à en croire l’auteur, on verrait se développer à grande vitesse l’apparition de salles de prière et de comportements tels que le port du voile. La journaliste cite par exemple le cas de deux doctorantes d’une université de Lille qui, pour contourner la loi, « viennent désormais avec un passe-montagne noir sur la tête »…

L’article n’avance bien sûr aucun chiffre global, aucune donnée représentative mais s’appuie sur quelques exemples spectaculaires. Et, ô surprise, il est signé… Anne-Sophie Mercier. Journaliste qui a longtemps travaillé à… Charlie Hebdo. Non ? Si.

L’article le plus révélateur de la malhonnêteté intellectuelle des dirigeants du Point est celui consacré aux hôpitaux. L’enquête menée par la journaliste Violaine de Montclos nous rappelle qu’il y a bien eu des frictions dans les hôpitaux avec certains musulmans, notamment le refus que des femmes soient examinées par des hommes. L’article précise que les plus virulents sont les musulmans fraîchement convertis aux « yeux bleus ». Ce qui permet, au passage, de remettre à leur place les tenants d’une thèse selon laquelle l’immigration serait à la source de certaines radicalisations des pratiques religieuses. Surtout, l’article nous apprend que les hôpitaux ont fait un travail d’information qui a eu pour conséquence… la disparition des problèmes et conflits. Citations : « les conflits à Jean-Verdier sont depuis quelques années de moins en moins nombreux », « depuis quelque temps, grâce à cet affichage clair, il n’y a presque plus de problèmes », « il y avait beaucoup d’incidents à l’époque, il n’y en a presque plus ». Il n’y a donc pas d' »islam sans gêne » à l’hôpital, contrairement à ce qu’annonce la une. CQFD.

On pourrait également citer cet autre article sur les écoles qui s’ouvre par l’exemple d’enfants de trois ans qui disent « c’est dégoûtant » quand on leur lit à la crèche « Les trois petits cochons ». Explication de la journaliste pour qui des  musulmans endoctrineraient donc de façon fanatique leurs enfants de trois ans (!) : « des petits cochons, des animaux jugés « impurs » par les parents de ces enfants ». On pourrait lui conseiller d’enquêter sur ces nourrissons qui imitent le chant du muezzin à leur naissance…

Citons encore cet article qui nous apprend que le foot est gangrené par l’islam parce qu’il y a des buffets hallal lors de sessions de l’équipe de France. On attend le numéro spécial du Point sur tous ces joueurs fanatiques catholiques d’Amérique latine, d’Afrique, d’Italie ou d’Espagne qui se signent en entrant sur le terrain ou quand ils marquent un but.

Franz-Olivier Giesbert a donc inventé un genre : le journalisme sans-gêne.