Le 25 septembre 2012, le site Atlantico publiait en ligne un entretien avec Luc Chatel, ex-ministre, chef du courant des Humanistes et Libéraux de l’UMP. Problème : le journaliste s’était trompé d’interlocuteur et avait appelé un homonyme du ministre : ma pomme. Je m’en donnais à coeur joie en lui envoyant par mail des réponses bourrées de fausses citations et réflexions ineptes, convaincu qu’elles ne seraient jamais publiées. Elles l’ont été intégralement. Et m’ont valu une plainte de l’ex-ministre pour usurpation d’identité et une menace de plainte d’Atlantico pour usurpation d’identité, faux et usage de faux. Soudain, je n’étais plus Luc Chatel mais Lucky Luciano ! Voici l’objet du délit :

Atlantico : En vue du congrès de l’UMP le 18 novembre, vous avez déposé une motion représentant les Humanistes et libéraux dont vous partagez notamment la paternité avec Jean-Pierre Raffarin. Quelles sont vos valeurs et vos propositions ?

LC : Nos valeurs sont celles de l’humanisme et du libéralisme. L’un ne va pas sans l’autre, et réciproquement. Notre monde secoué par les guerres et les crises souffre de ne plus respecter assez son humanité ni sa liberté. Comme le disait Einstein : « Nul n’est libre s’il n’est humain, pleinement humain. » Nos propositions visent toutes à réconcilier l’humanité et la liberté. Il faut supprimer les 35h, limiter le droit de grève, assouplir le droit du travail et favoriser partout la flexibilité. Comme le disait Laurence Parisot : « Tout est précaire dans la vie, même l’amour. Alors pourquoi pas le travail ? » Le travail libre dans une économie libre ; des hommes libres dans une société libre ; voilà notre ambition, voilà notre projet !

Atlantico : En quoi votre motion se distingue-t-elle des autres ?

LC : Elle se distingue des autres car elle part d’un point de vue différent pour arriver à des objectifs distincts. Et cela, tout en respectant l’unité et la liberté du mouvement. Nous ne voulons pas nous positionner par rapports aux erreurs passées de Nicolas Sarkozy ni par rapport aux deux candidats actuels qui présentent chacun autant de qualités que de défauts. Il faut rassembler notre mouvement et notre famille autour d’un projet porteur d’espoir et d’avenir. J’aime reprendre cette formule de mon ami Jean-Pierre Raffarin quand il cite le grand sage chinois Lao Tchou : « Pour un village, un puits ; pour une forêt, une rivière. » La division, voilà l’ennemi.

Atlantico : Vous êtes l’une des rares motions à ne pas vous revendiquer du Sarkozysme. Pourquoi ?  

LC : Nous voulons éviter deux écueils dans ce débat et dans cette campagne : la personnalisation et le retour vers le passé. Soyons audacieux ! Tournons nous vers l’avenir, allons de l’avant, et restons unis.

Atlantico : Vous défendez des positions assez centristes dans un parti dont les militants sont plutôt à droite et sont majoritairement favorables à des alliances avec le FN. Ne craignez-vous pas d’être coupé de votre base ?

LC : Ce n’est pas ce que nous dit notre base. Nous faisons de la politique pour défendre des convictions, des idées et un projet, pas pour faire plaisir aux sondeurs ou aux médias. Pour le moment, la question d’une alliance avec le FN ne se pose pas plus que la question d’une alliance avec Lutte Ouvrière.

Atlantico : Votre positionnement ouvertement libéral (suppression des 35 h et flexibilité) est-il tenable au moment où face à la crise les Français réclament plus de protections ?

LC : Les Français réclament surtout de l’emploi. Et seul un libéralisme capable de s’adapter à la mondialisation peut nous garantir la création de millions d’emplois. Il faut en finir avec notre société bloquée, avec l’assistanat comme avec les privilèges indus. Il faut libérer les énergies. Comme le disait Antoine Pinay : « La franchise redressera la France comme la vague redresse le navire. » Regardons un peu au delà de notre horizon pour nous inspirer des exemples qui marchent. Le modèle finlandais de l’ « ambudsroll » par exemple, qui propose une flexibilité ouverte et tolérante me paraît tout à fait judicieux.

Atlantico : Idem pour votre positionnement sur l’Europe. Le volet européen de votre motion comprend la promotion d’une «Europe fédérée» et milite en faveur de «l’intégration ­franco-allemande» à l’heure où 64% des Français déclare qu’ils ne voteraient pas le traité de Maastricht aujourd’hui. On est très loin des positions défendues par Nicolas Sarkozy durant la campagne lorsque celui-ci faisait l’éloge des frontières et menaçait de sortir de l’espace Schengen…

LC : Une fois de plus, ne nous laissons pas gouverner par les modes et les sondages. L’Europe est une réalité depuis plus d’un demi-siècle. Elle nous a garanti la paix et l’élévation globale du niveau de vie. Cela, les Français le savent bien. A nous, politiques, d’avoir la pédagogie pour leur expliquer. Et arrêtons avec ces sondages de politique-fiction. Pourquoi ne pas demander aussi aux Français s’ils voteraient pour l’élection du Président de la République au suffrage universel ou pour le rattachement de la Lorraine à la France ? Nos positions ne sont pas contradictoires avec la défense des frontières. Défendons les frontières de l’Europe comme s’il s’agissait d’une fraternité de nations. Réhabilitons l’humanisme et le libéralisme en Europe aussi !

Atlantico : Finalement, n’êtes-vous pas plus proche de la confédération des centres de Jean-Louis Borloo que de l’UMP ?

LC : Nous ne sommes ni plus proche ni plus loin de la confédération des centres que de la confédération helvétique… Les problèmes de Jean-Louis Borloo pour le moment ne sont pas les nôtres, et la réciproque me semble vraie. Posez plutôt cette question à François Bayrou. L’UMP est notre maison, notre « home sweet home ». Comme le chantait Sylvie Vartan : « Chacun chez l’autre, et c’est la foire ; chacun chez soi, voilà notre histoire. »