Marion Anne Perrine Le Pen, dite Marine, probable future présidente du Front National, est en campagne pour la présidentielle de 2012.

Pour faire un score élevé, il lui faut réunir au moins trois conditions. Un parti en ordre de marche, un climat politique favorable et une forte présence médiatique.

Concernant la première, le FN dispose encore de militants, et bientôt d’un nouveau leader. Pour la deuxième, le climat de crise est favorable à l’extrême-droite. Quant à la troisième, la séquence des réactions aux propos de Marine Le Pen comparant les musulmans aux occupants nazis a démontré sa parfaite maîtrise des médias.

Il y a deux manières de servir le Front National quand on est journaliste – ou politique.

La première, c’est de réagir de façon manichéenne, en taxant ce parti de racisme, xénophobie, etc. Le constat est juste, mais il ne prend pas en compte tous les ressorts du vote FN. Notamment le déclassement social, le dégoût des politiques et la peur de l’avenir. La bataille électorale doit porter autant sur la question sociale que sur la question morale.

La deuxième façon de le servir, c’est de penser que le FN donne « de mauvaises réponses à de bonnes questions » mais en se trompant de question. Au lieu de l’interpeller sur le chômage, la précarité, l’économie, on embraye sur… l’islam.

C’est ainsi que Jean-Michel Aphatie, sur RTL, ou Patrick Cohen, sur France Inter, ont posé à leur invité politique, le 13 décembre, cette question qui taraude tous les Français : que fait-on pour la mosquée de la rue Myrha, dont les fidèles prient sur la chaussée ? Question qui révèle à la fois le parisianisme des rédactions – combien d’auditeurs connaissent la rue Myrha, dans le 18e ? — et surtout leur incapacité à déjouer les pièges du FN.

Ségolène Royal est l’une des rares à avoir évité l’écueil. Le 12 décembre, sur Europe 1, au journaliste qui lui demandait si les déclarations de Marine Le Pen l’inquiétaient, elle répondit :

« Je m’inquiète surtout de voir ce sujet être mis au cœur du débat politique français, ce qui est exactement ce que recherche la personne que vous citez ».

Et elle passa à autre chose. La candidate socialiste marque à la fois son opposition au FN et sa différence avec « l’establishment ».

Car c’est l’un des effets secondaires voulus par le FN : en suscitant une levée de réactions indignées identiques, il réussit à accentuer l’effet de connivence entre grands partis et grands médias. La voie pour ces derniers est délicate, mais le problème posé par le FN est suffisamment ancien et ses ressorts suffisamment connus pour ne pas retomber systématiquement dans le même piège qui l’a amené, rappelons-le, au second tour d’une élection présidentielle.

(éditoriale publié dans Témoignage chrétien le 16 décembre 2010)