Mireya Osses habite Santiago, capitale du Chili. Il y a quelque temps, elle est retournée vivre dans son pays natal, après trente ans passés en France, pour cause d’exil politique. Des années passées à Témoignage chrétien, entre autres. Pendant les deux jours qui ont suivi l’annonce du séisme, samedi 27 février, il a été impossible de savoir, par la télévision, la radio ou les journaux, l’étendue des dégâts. Pas de nouvelles du Chili. Pas de nouvelles de Mireya. Santiago a-t-elle été touchée ? À l’heure où le moindre froncement de sourcil de Barack Obama fait instantanément le tour de la planète, ce vide pose quelques questions. D’une part, il révèle les failles de la communication mondialisée. Il y a encore des endroits de ce monde qui restent dans les angles morts de l’information. À nous d’en être conscients pour garder à l’esprit que la connaissance et le savoir demandent toujours un effort. Ils ne peuvent se contenter d’une attitude de simple consommation. D’autre part, ce vide interroge la représentation du monde à travers les médias. Le séisme aura des conséquences majeures pour le Chili : il a fait plus de 700 morts et deux millions de sans-abris (sur 17 millions d’habitants : rapporté à la France, cela ferait près de huit millions de victimes…). Objectivement, cet événement devrait être prioritaire pour tout journaliste. Si les médias français qui en avaient les moyens n’en ont pas parlé – ou si peu – c’est donc que cela ne les intéressait pas. Ils ont fait un choix. Celui de nous présenter le monde avec pour enjeux essentiels le foot, les Césars et la tempête qui a frappé la France. Il ne s’agit pas de sous-estimer ces derniers événements, parfois tragiques, ni de les mettre sur le même plan, mais de réfléchir à l’effet produit. Comme si l’universel et la raison avaient disparu des rédactions, au profit du patriotisme et de l’émotion. Des critères qui ont peu à voir avec le traitement rigoureux de l’information.

Séverin Blanchet, l’information, c’était un peu son métier. Sous une forme particulière, celle qui assume ses choix et qui prend son temps : le documentaire. Il a longtemps travaillé avec Jean Rouch. Séverin Blanchet est mort à 66 ans dans un attentat, à Kaboul, le 26 février. Vous l’apprendrez peut-être en lisant ces lignes. Nul média n’en a vraiment parlé. Encore moins ses « confrères », réunis pour la grande fête du cinéma, les Césars. Indifférence des journalistes, ingratitude des artistes. Séverin Blanchet formait des jeunes Afghans. À sa manière, il aidait ce pays, pendant que d’autres y font la guerre. Sa mort aurait pu être un signe, une invitation à nous retirer d’Afghanistan, ou du moins à y rester autrement que l’arme au poing. Il y aurait eu des choses à dire, au journal de 20 heures, en mémoire de Séverin Blanchet.

Editorial publié dans Témoignage chrétien